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Publication de la Cité du Savoir
Revue Lumières Spirituelles
     Rubrique : Spiritualité

Comment aimer Allah ?

Mohammad Mahdi al-Âçifî

Édité et adapté en français par :

Abbas Ahmad al-Bostani


Publication de la Cité du Savoir


Éditeur:

Abbas Ahmad Al-Bostani

La Cité du Savoir

C. P. 712, Succ. (B)

Montréal, Québec, H3B 3K3

Canada


Site Web : www.bostani.com

E-mail : abbas@bostani.com

Première édition: Novembre 2001

Copyrights: Tous droits réservés à l'éditeur

ISBN : 2-922223-14-0



Table des Matières

La relation avec Allah 5

L'Amour d'Allah - Le Très-Haut 7

La foi et l'amour 11

Le plaisir de l'amour 12

L'amour pallie les carences dans les actes 15

L'amour protège le serviteur de la torture 18

Les degrés et les phases de l'Amour d'Allah 18

L'état de désir et l'état de plaisir dans l'amour 30

D'autres images du désir et du plaisir dans les do'â' de l'Imam al-Sajjâd (p): 46

Les importations et les exportations du coeur 52

Le fondement du libre choix 55

Retour aux munâjât 57

Le do'â' et son sommet 59

Les trois moyens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62

Le premier moyen: le besoin 63

Le deuxième moyen: la prière de demande et la sollicitation 73

Le troisième moyen: l'amour 73

D'autres figures du désir d'Allah dans les Munâjât de l'Imam al-Sajjâd (p) 81

L'unicité de l'amour divin (les caractéristiques de l'amour) 85

1- La primauté de l'amour divin 86

2-Le gouvernement de l'amour d'Allah 89

La carte de l'amour et de la haine 93

Aimer pour Allah et détester pour Allah 95

3-Le gouvernement de l'amour pour Allah 101

La pureté (la sincérité) de l'amour d'Allah 113

L'attachement jaloux d'Allah à Son serviteur 116

Aimer pour Allah et en Allah 117

La première source de l'amour 121

1- Allah aime Ses serviteurs 121

2- Il leur inspire Son Amour 122

3- Il leur manifeste son amour 124

4- Allah est jaloux de Son serviteur 128

5- Allah appelle Ses serviteurs au repentir 128

6- Il les y incite en les soumettant à des épreuves 129

Comment aimer Allah ? 131

Les conséquences et les effets de l'amour d'Allah dans la vie de l'homme 135

La corrélation entre l'amour d'Allah et ses conséquences 141

La réciprocité d'amour entre Allah et Son serviteur 143

Si Allah aime un serviteur... 146

Comment nous faire aimer d'Allah? 147

Les obstacles et les barrières qui obstruent l'amour 150





La relation avec Allah

La relation avec Allah, sous sa forme la plus saine est constituée d'une série d'éléments harmonieux et concordants qui, réunis, forment la relation correcte avec le Créateur.

Les références islamiques refusent de concevoir la relation avec Allah sur la base de l'élément unique, tel que la peur ou l'espoir, l'amour ou le recueillement, et considèrent qu'une telle relation est dépouillée d'harmonie et d'équilibre. Les éléments qui composent la relation avec Allah sont très nombreux et mentionnés en détail dans les versets coraniques, les hadith et les Prières de demandes.

Ce sont essentiellement: l'espoir (en Allah), la peur (d'Allah), l'imploration, le recueillement, l'humilité, l'appréhension, l'amour, le désir, la familiarité, l'anâbah (le retour vers Allah, repentant), le tabattul (retraite spirituelle, récollection), l'istighfâr (demande de pardon), la crainte, l'obéissance, l'asservissement (à Allah), le thikr (l'invocation d'Allah), la pauvreté (le besoin d'Allah), l'i'tiçâm (se protéger par Allah).

Ainsi, dans un do'â, l'Imâm Zayn al-'Âbidîn (p) dit:

«Ô Seigneur! Je Te demande de remplir mon coeur d'amour de Ton Amour et de Ta crainte, de croyance et de Foi en Toi, de Ton appréhension et de Ton désir».(1)

De ces éléments multiples se forme un beau spectre harmonieux de la relation avec Allah. Chacun de ces éléments constitue une porte de la Miséricorde et de la Connaissance d'Allah. Ainsi, la demande de la miséricorde ouvre la porte de la Miséricorde d'Allah, et la demande de pardon ouvre la porte du Pardon d'Allah.

De même chacun de ces éléments est considéré en soi comme une voie pour le mouvement ou la conduite vers Allah. D'autre part, la crainte ou l'appréhension est une autre voie vers Allah. Le recueillement est une troisième voie vers Allah; l'espoir, le do'â ou l'espérance constitue une quatrième voie vers Allah.

L'homme doit se mouvoir vers Allah à travers différentes voies et ne pas se contenter d'une voie unique, car chaque voie conduisant à Allah a son propre charme, sa propre saveur et un délice particulier qu'on ne retrouve pas dans les autres voies. De là l'insistance de l'Islam sur le principe de la multiplicité des éléments de la relation avec Allah.

On a là un sujet vaste dans lequel nous ne voulons entrer ici.


L'Amour d'Allah - Le Très-Haut

Ce qui nous intéresse dans cet exposé c'est l'une de ces voies, celle de l'amour d'Allah, car elle est la meilleure d'entre elles, la plus sûre, la plus belle et la plus à même de nous attacher à Allah et de renforcer nos liens avec Lui.

En matière de comparaison entre ces différents éléments qui composent la relation de l'homme avec le Créateur, beaucoup de textes religieux nous fournissent suffisamment d'éclairage pour pouvoir constater que la voie de l'amour occupe une place de choix en Islam. Citons à titre d'illustration quelques-uns de ces textes:

­ Il est dit qu'Allah inspira au Prophète Dâwûd:

«Ô Dâwûd! Mon invocation appartient à ceux qui M'invoquent, Mon paradis à ceux qui M'obéissent, Mon amour à ceux qui Me désirent, et Moi, J'appartiens à ceux qui M'aiment».(2)

­ L'Imam al-Sâdiq (p) dit:

«L'amour (d'Allah) est préférable à la peur (d'Allah)».(3)

­ Mohammad Ibn Yaqûb al-Kulaynî rapporte dans son corpus, "Uçûl al-Kâfî", le hadith suivant de l'Imam al-Sâdiq (p):

«Les serviteurs (d'Allah) sont répartis en trois catégories: une catégorie de serviteurs qui adorent Allah par crainte (de Lui); leur adoration est celle des esclaves, une deuxième catégorie qui adorent Allah par l'appât de récompense spirituelle (thawâb), leur adoration est celle des commerçants, et une troisième catégorie qui adorent Allah par amour, leur adoration est celle des hommes libres, et elle est la meilleure des adorations».(4)

­ Dans le même corpus précité al-Kulaynî cite le hadith suivant du Prophète (P):

«Le meilleur des gens est celui qui s'éprend de l'adoration, l'étreint, l'aime de son coeur et la pratique avec son corps, se fait disponible pour elle et ne se soucie point de quoi sera fait le monde d'ici-bas le lendemain: aisance ou difficulté".(5)

­ L'Imam al-Sâdiq (p) dit aussi:

«Les entretiens intimes (munâjât) des "connaisseurs" (les mystiques) avec Allah reposent sur trois fondements (ou sentiments principaux): la crainte, l'espérance et l'amour. La crainte découle de la science, l'espérance de la certitude et l'amour de la connaissance. L'indice de la peur est la fuite, celui de l'espérance est la demande, et celui de l'amour est la préférence donnée au bien-aimé à toute autre chose. Lorsque la science entre dans la poitrine, le mystique craint, et lorsqu'il craint, il fuit, et lorsqu'il fuit, il est sauvé. Quand la lumière de la certitude brille dans le coeur, le mystique voit la Grâce, et lorsqu'il parvient à voir la Grâce, il espère, et lorsqu'il goûte les délices de l'espoir, il demande, et lorsqu'il obtient la satisfaction de sa demande, il trouve. Lorsque la lumière de la connaissance jaillit dans le coeur, le vent de l'amour souffle, et lorsqu'il souffle, le mystique se sent réjoui à l'ombre du Bien-Aimé auquel il donne la préférence à toute autre chose et s'attache à suivre scrupuleusement et minutieusement Ses Ordres et Ses Enseignements. Ces trois fondements sont comme le Haram (la ville de la Mecque), la Mosquée et la Kabah: quiconque entre dans le Haram jouit de l'immunité contre les poursuites des gens, et quiconque entre dans la Mosquée, ses sens sont assurés qu'ils ne seront pas utilisés pour commettre un péché, et quiconque entre dans la Kabah, son coeur est assuré qu'il ne sera pas occupé à autre chose que l'invocation d'Allah».(6)

­ On rapporte le hadith suivant du Prophète (P):

«Le Prophète Chuayb (p) pleura d'amour d'Allah jusqu'à ce qu'il fût aveugle. Allah lui a révélé alors: "O Chuayb! Si tu avais pleuré par peur de l'Enfer, Je t'en épargne, et si tu avais pleuré par désir du Paradis, Je te l'accorde". Chuayb répondit: "O mon Seigneur et Maître! Je n'ai pleuré ni par peur de Ton Enfer ni par désir de Ton Paradis, mais parce que Ton amour est entré dans mon coeur et je ne peux plus patienter jusqu'à ce que je Te voie". Allah - que Sa Gloire soit sublime - lui révéla alors: "Si c'est ainsi, Je te ferai servir par mon interlocuteur Mûsâ Ibn Imrân"».(7)

­ Dans le Livre d'Idrîs (p) on peut lire ceci:

«Bienheureux sont ceux qui M'ont adoré par amour et M'ont adopté comme Dieu et Seigneur, et qui ont veillé la nuit et travaillé le jour pour Ma Face, et non par crainte de l'Enfer ni par désir du Paradis, mais uniquement par amour pur, par une volonté claire et en abandonnant tout pour s'adonner totalement à Moi».(8)

et:

«Qu'il soit aveugle l'oeil qui ne voit en Toi un surveillant et qu'elle soit perdante la tractation d'un serviteur, qui ne recherche pas à lui obtenir une part de Ton amour».(9)


La foi et l'amour

Les enseignements islamiques nous apprennent que la foi, c'est amour:

- Selon l'Imam al-Bâqer (p):

«La foi est amour et haine».(10)

- Al-Fudhayl Ibn Yasar témoigne:

«J'ai demandé à l'Imam al-Sâdiq (p): "L'amour et la haine ont-ils un lien avec la foi?" L'Imam al-Sâdiq (p) m'a répondu: "Mais la foi est-elle autre chose qu'amour et haine!?"»(11)

- Selon l'Imam al-Sâdiq encore:

«La Religion est-elle autre chose que l'amour? Allah - Il est Puissant et Sublime - dit: Si vous aimez Allah, suivez-moi; Allah vous aimera et vous pardonnera vos péchés. Allah est Celui qui pardonne; Il est le Miséricordieux. (Sourate Âle 'Imrân, 3: 31)»(12)

- Selon l'Imam al-Bâqer aussi:

«La Religion, c'est l'amour et l'amour c'est la Religion».(13)


Le plaisir de l'amour

Si l'acte d'adoration d'Allah est fait par amour, par désir et par soif, il procure un plaisir inégalable.

­ L'Imam 'Alî Ibn al-Hussain, dit Zayn al-Âbidîn (p) qui est bien placé pour parler de la douceur de l'amour et de l'invocation d'Allah dit à ce propos:

«Ô mon Seigneur! Qu'il est bon le goût de Ton amour et qu'il est doux le boire de Ta proximité».(14)

Cette douceur et ce plaisir que procure l'amour d'Allah sont solidement implantés et fixés dans les coeurs des intimes d'Allah et non accidentels ni fugaces ni passagers. Et lorsque le plaisir de l'amour d'Allah se fixe dans le coeur du croyant pieux, ce coeur est illuminé par l'amour d'Allah, et se met pour toujours à l'abri de Sa torture.

En effet l'Imam 'Alî (p) s'adressant à Allah dit:

«O Seigneur! Par Ta Puissance et Ta Majesté! Je T'ai aimé d'un amour dont la douceur s'est fixée dans mon coeur; or le for intérieur de Tes fidèles serviteurs monothéistes ne saurait concevoir que Tu puisses détester ceux qui T'aiment!».(15)

­ À propos de cet état fixé et permanent d'amour divin, l'Imam 'Alî Ibn al-Hussain (p) dit:

«Par Ta Puissance et Ta Gloire, Ô Seigneur, même si Tu venais à me gronder, je ne quitterais jamais Ta porte, ni ne cesserais de Te flatter, ayant su l'immensité de Ta Générosité et de Ta Noblesse».(16)

Et lorsque le croyant pieux découvre le goût délicieux de l'amour d'Allah, rien ne pourra dès lors supplanter cet amour irremplaçable. Ecoutons ce que dit à ce propos l'Imam Zayn al-'Âbidîn (p):

«Qui eût pu songer à Te chercher un remplaçant après avoir goûté aux délices de Ton amour! ou désirer quelqu'un d'autre que Toi après s'être délecté de Ta Proximité!?»(17)

Si les gens vont à gauche et à droite ou s'attachent à ceci ou à cela, c'est parce qu'ils sont privés de l'amour d'Allah, car ceux qui ont eu la chance de connaître les délices de l'amour d'Allah, sont tellement comblés qu'ils ne désirent plus rien d'autre. C'est du moins ce que nous laisse deviner l'Imam 'Alî Ibn al-Hussain (p):

«Qu'a-t-il trouvé celui qui T'a perdu! et qu'a-t-il perdu celui qui T'a trouvé!».(18)

Il est à remarquer que l'Imam Zayn al-'Âbidîn demande pardon à Allah pour tout plaisir éprouvé en dehors du plaisir de l'amour d'Allah, pour toute occupation en dehors de celle de l'invocation d'Allah, pour toute réjouissance qui ne soit celle de la Proximité d'Allah, et ce, non qu'Allah ait interdit tout cela à Ses serviteurs, mais parce que de tels plaisirs et réjouissances distraient le coeur du croyant de son Créateur, ne serait-ce que pour un court laps de temps, car un coeur qui a goûté le plaisir de l'amour d'Allah ne saurait se détacher d'Allah, même l'espace d'une seconde.

Dans la vie des serviteurs pieux d'Allah tout effort, toute chose, tout acte et même tout sentiment s'inscrivent dans la prolongation de l'amour d'Allah, de l'invocation d'Allah, de l'obéissance à Allah. Tout ce qui sort de cette ligne ou de son prolongement est considéré par eux comme éloignement d'Allah, dont ils Lui demandent pardon. C'est pourquoi l'Imam Zayn al-'Âbidin (p) dit:

«Ô Seigneur! Je Te demande pardon de tout plaisir ressenti en dehors de Ton invocation, de tout repos sans Ta compagnie, de tout contentement sans Ta proximité, et de toute occupation sans Ton obéissance».(19)


L'amour pallie les carences dans les actes

L'amour d'Allah est inséparable des actes d'adoration; et pour quiconque aime Allah, les actes, le mouvement et l'effort sur le Chemin d'Allah constituent les signes de cet amour. Cependant l'amour pallie la négligence des actes et intercède en faveur du croyant auprès d'Allah lorsqu'il fait preuve de négligence dans ses actes. En effet l'amour est un intercesseur efficace auprès d'Allah.

L'Imâm Zayn al-'Âbidîn, dit dans un do'â, rapporté par Abû Hamza al-Thamâlî:

«Ma connaissance (de Toi) est mon guide vers Toi, et mon amour pour Toi est mon intercesseur auprès de Toi. Or je suis sûr de mon guide par Ta Guidance et je suis confiant dans l'efficacité de mon intercesseur auprès de Toi».(20)

Quels bons guides, intercesseurs, connaissance et amour! Un serviteur dont le guide vers Allah est la connaissance d'Allah ne s'égare jamais, et un serviteur dont l'intercesseur auprès d'Allah est l'amour d'Allah, ne manque jamais sa route et son but vers Allah.

L'Imam Zayn al-'Âbidîn dit à ce propos:

«Ô mon Dieu! Tu sais que même si dans la pratique mon obéissance à Toi n'est pas un exemple de régularité, l'amour de Ton obéissance et la ferme résolution de T'obéir restent en moi permanents et réguliers».

Là, l'Imam nous apprend que s'il arrive que nous doutions de notre obéissance à Allah dans nos actes et qu'il nous soit impossible d'être certains d'obéir impeccablement et toujours au Créateur, néanmoins nous pouvons être sûrs et certains de la permanence de notre amour d'Allah et de notre volonté inébranlable de continuer à Lui obéir et à L'aimer. En effet, tout serviteur ayant éprouvé dans son coeur l'amour d'Allah, n'en doutera jamais. Certes ce serviteur pourrait être négligent dans l'observance de l'obéissance ou commettre un acte qu'Allah déteste ou une désobéissance qu'Allah n'aime pas, mais ce faisant il est impossible qu'il déteste l'obéissance ou qu'il aime le péché. Car les membres ou les sens du serviteur pieux pourraient glisser dans les péchés, attirés par Satan ou la passion, ou être négligents dans l'obéissance à Allah, mais son coeur est imperméable à tout ce qui n'est pas l'amour et l'obéissance à Allah, et la détestation de Sa désobéissance.

Ainsi l'Imam 'Alî Ibn al-Hussain implore:

«Ô mon Seigneur! J'aime T'obéir même s'il m'arrive de le négliger, et je déteste de Te désobéir, même s'il m'arrive de le faire. Aussi Te demanderais-je de me faire la faveur de me destiner au Paradis».(21)

Telle est la différence entre les sens et les sentiments: les premiers pourraient ne pas suivre toujours les seconds, ceux-ci pourraient se soumettre totalement à l'emprise de l'amour d'Allah, alors que ceux-là pourraient y manquer, mais si le coeur est sain et bon, les sens finiront inévitablement par le suivre et Lui obéir. En un mot, tôt ou tard, les sens et les membres ne pourront qu'exécuter ce que veulent et demandent les sentiments, comblant de la sorte le fossé qui les sépare grâce à la sincérité du coeur.


L'amour protège le serviteur de la torture

Si les péchés font déchoir le serviteur aux yeux d'Allah et l'exposent à Son châtiment et à Sa torture, l'amour d'Allah l'en protège. Dans l'une de ses Supplications, l'Imam Zayn al-'Âbidîn dit:

«Ô mon Seigneur! Mes péchés me font peur, mais mon amour pour Toi me protège».(22)


Les degrés et les phases de l'Amour d'Allah

L'amour d'Allah a des degrés et des phases dans les coeurs des serviteurs. Il pourrait être faible et à peine ressenti chez un serviteur, épanoui et fort ne laissant de place à aucune autre occupation susceptible de le distraire d'Allah, chez un autre. Chez d'autres encore, il s'avère tellement intense et dominant que le croyant pieux a beau se plonger pendant de longues heures dans les invocations, les supplications, la prière et le recueillement dans l'action et l'effort sur la voie d'Allah, il ne parviendrait pas à étancher sa soif d'adoration.

L'Imam Ja'far al-Sâdiq (p) dit à ce propos dans l'un de ses Do'â':

«Ô mon Seigneur! J'ai faim et de Ton amour je ne me rassasie jamais; je suis assoiffé, et ma soif de Ton amour ne saurait être étanchée! Ô combien est ardent mon désir de Celui Qui me voit sans que je Le voie».

Et l'Imam 'Alî Ibn al-Hussain (p) ne dit pas autre chose:

«(Ô Seigneur) ma soif ardente ne peut être apaisée que par Ton contact, ma souffrance agitée ne se calme que par Ta rencontre et mon désir de Toi ne s'assouvit qu'en Te regardant».(23)

L'expression de l'amour la plus éloquente et la plus merveilleuse, on la trouve dans le do'â' que l'Imam 'Alî a enseigné à Kumayl ibn Ziyâd al-Nakh'î et connu sous le nom de "Do'â' Kumayl":

«À supposer, Ô Mon Dieu, Mon Maître, Mon Souverain et Mon Seigneur, que je puisse supporter le supplice que Tu m'infligerais, comment pourrais-je endurer ma séparation de Toi? et à supposer que je puisse endurer la chaleur de Ton enfer, comment pourrais-je supporter l'idée de ne plus aspirer à Ta Générosité? Et comment pourrais-je rester calme en enfer alors que j'aspire à Ton Pardon?"(24)

L'amoureux pourrait supporter la punition de son bien-aimé, mais pas sa colère ni sa haine contre lui. Il pourrait aussi supporter le feu, pourtant insupportable, mais pas la séparation avec son bien-aimé.

Cet amour et cet espoir que le serviteur continue à éprouver envers son Maître, alors même qu'Il lui fait subir le feu et lui montre Sa colère, constituent la plus belle des images de ce do'â' auguste. En effet, il est possible que l'esclave éprouve de l'amour pour son maître pendant qu'il jouit de ses bienfaits et bénéficie de ses faveurs. Et cet amour est sûrement vrai et sincère. Mais l'amour absolu ou suprême, c'est celui qui ne quitte point le coeur du serviteur, même lorsque celui-ci subit l'atrocité du feu de son Maître.

L'Imam Zayn al-'Âbidîn exprime le même amour absolu d'Allah, dans la célèbre prière de demande - dit "Do'â' al-Sahar" - qu'il a apprise à Abû Hazah al-Thamâlî:

«Ô par Ta Puissance (O Seigneur), même si Tu venais à me gronder, je ne quitterais pas Ta porte, ni ne cesserais de Te flatter. Car, vers qui pourrait se diriger le serviteur, sinon vers son Maître!? et près de qui pourrait se réfugier la créature, sinon chez son Créateur!? O mon Dieu! Si Tu venais à m'attacher aux garrots, à m'interdire Ta faveur devant tout le monde, à dévoiler mes scandales devant les yeux des serviteurs, à ordonner mon envoi en enfer, et à T'interposer entre moi et les croyants pieux, je ne perdrais pas mon espoir en Toi, ni ne cesserais d'espérer l'obtention de Ton Pardon, et de mon coeur Ton amour ne sortira jamais».(25)

Poursuivons cette description pittoresque et pathétique de l'amour d'Allah et de l'espoir mis en Lui, qui sont enracinés dans le coeur des hommes de piété, en revenant au Do'â' Kumayl précité de l'Imam 'Alî Ibn Abî Tâlib:

«C'est pourquoi, je jure sincèrement, par Ton Autorité, ô Mon Maître et Mon Souverain, que si Tu me laissais y (en Enfer) parler, j'y soulèverais auprès de ses habitants, un vacarme semblable au vacarme de ceux qui vivent dans l'espoir, et j'y lancerais vers Toi les cris de ceux qui crient au secours, et j'y pleurerais sur Toi comme ceux qui pleurent leurs disparus; et je T'appellerais, où que Tu sois,

Ô Seigneur des fidèles!

Ô Sommet des espoirs des connaisseurs!

Ô Secours de ceux qui crient au secours!

Ô Aimé des coeurs des véridiques!

Ô Dieu des mondes!

Gloire et louange à Toi!

Accepterais-Tu donc d'y entendre ( en enfer) la voix d'un serviteur musulman qui y serait emprisonné pour avoir commis une faute? et qui en subirait la torture pour T'avoir désobéi,

et qui serait enfermé entre ses étages pour son crime et son péché,

et qui crierait à Ton intention comme quelqu'un qui vit dans l'espoir de Ta Miséricorde,

et qui T'appellerait en usant du langage monothéiste

et qui T' implorerait par Ta Seigneurie?

Ô Mon Souverain! Comment laisser aux supplices celui qui aspire à Ta Clémence d'antan (ainsi qu'il espère obtenir Ta Grâce et Ta Miséricorde!)

Comment le laisser souffrir de Ton enfer alors qu'il espère obtenir Ta Grâce et Ta Miséricorde!

Comment le laisser brûler par ses flammes (de l'enfer) alors que Tu entends sa voix et que Tu le vois là-bas!

Comment le laisser vivre sous sa chaleur (de l'enfer) alors que Tu connais sa faiblesse!

Comment le laisser se tordre entre ses étages alors que Tu connais sa sincérité!

Comment le laisser subir le mauvais traitement de ses habitants, alors qu'il T'appelle: Ô Mon Seigneur!

Comment l'y laisser alors qu'il attend Ta Grâce pour en être libéré!

Non, jamais personne ne Te croira ainsi! car, ni ce qu'on sait de Ta grâce, ni la façon dont Tu as traité les monothéistes en leur accordant Ta Bienfaisance et Tes Bienfaits, ne permettent de le penser.

Ainsi, j'affirme avec certitude que: si Tu n'avais pas ordonné le supplice aux renégats, et que Tu n'avais pas condamné ceux qui T'ont désobéi à subir l'enfer, Tu aurais transformé celui-ci en un lieu frais et paisible, et personne n'y aurait trouvé demeure, ni lieu de détention».(26)

Quelle lecture pourrait-on faire de l'attitude que l'Imam 'Alî s'imagine adopter au cas où il tomberait en disgrâce? Attitude de refus de se résigner au châtiment et à la peine encourue, puisqu'il dit que s'il venait à être condamné à l'Enfer, il ne resterait pas les bras croisés, qu'il se mettrait à y tempêter, crier, lancer des appels etc.!? D'aucuns penseraient tout de suite qu'une telle attitude correspondrait bien à un trait saillant et originel de la personnalité de l'Imam: le courage et l'héroïsme incomparables dont il a fait preuve tout au long de sa vie et dans les champs de bataille où il n'a jamais baissé les bras dans les situations les plus difficiles et les plus périlleuses!

Mais une telle interprétation de l'attitude imaginaire de l'Imam est erronée et dénote une méconnaissance de la profondeur de sa piété et de sa soumission infinie au Créateur. La preuve en est que l'Imam commence son exposé par cette formule, au conditionnel et non à l'indicatif, adressée à Allah: «si Tu me donnais la parole... je crierais, tempêterais etc.», laquelle met en avant, plus sa soumission que son héroïsme ou son courage dans la situation qui nous intéresse.

En fait, ces propos de l'Imam et son état d'âme ici traduiraient plutôt, l'état d'un petit enfant qui ne connaît dans son univers d'autre refuge ou protection que la tendresse, l'affection, l'amour et la compassion de sa mère. Chaque fois qu'il a mal ou qu'il éprouve un sentiment de détresse, il a recours à sa mère et l'appelle au secours. Même lorsqu'il commet un geste de désobéissance envers sa mère, laquelle le punit subséquemment, il ne trouve d'autres refuge et protection qu'elle-même, et lui lance des appels au secours, exactement comme il le ferait si la peine qu'il subissait provenait de quelqu'un d'autre qu'elle.

Dans cette supplication, l'Imam 'Alî (p) nous montre qu'il ne connaît d'autre recours qu'Allah, Lequel est son seul refuge et son seul protecteur. Et lorsqu'il s'imagine qu'Allah lui inflige une peine ou qu'Il le condamne au supplice,(27) il n'hésite pas une seconde à recourir à Lui et à L'appeler au secours, comme il le fait toujours, lorsque la source de détresse vient d'ailleurs.

L'Imam Zayn al-'Âbidîn exprime la même idée dans sa célèbre munâjât:

«Si Tu venais à m'éconduire de Ta porte, près de qui d'autre pourrais-je me protéger!? et si Tu venais à me refouler de Ta proximité chez qui pourrais-je trouver abri!? Ô mon Dieu! Chez qui retourne l'esclave en fugue (fuyard) sinon à son maître!? Et qui le soustrairait à sa colère sinon lui-même!?»(28)

Et:

«Ô mon Maître! Je me protège dans Ta Grâce et je Te fuis pour me réfugier près de Toi!»(29)

Ou encore:

«Chez qui va l'esclave sinon son Maître et chez qui va la créature sinon chez son Créateur!»(30)

S'enfuir d'Allah pour se réfugier auprès d'Allah n'est pas un paradoxe. C'est un concept qui dénote une signification profonde de la relation du serviteur avec le Créateur. Les sentiments que l'Imam 'Alî (p) décrit relativement à cette relation sont des sentiments d'amour et d'espoir réels, effectifs et très sincères qui animent les coeurs des vrais adorateurs. Dans cette séquence ou plutôt dans ce magnifique tableau du do'a', l'Imam 'Alî ne donne pas libre cours à son imagination à l'instar des poètes, mais exprime et décrit très exactement et très sincèrement ses sentiments lorsqu'il se présente devant Allah. C'est pourquoi il fait suivre ce tableau qui dessine la sollicitation du serviteur de la protection d'Allah, par un autre tableau qui décrit le secours qu'Allah dépêche à Son serviteur. Car, il sait d'expérience et de par sa connaissance passée de la Miséricorde et de la Grâce d'Allah, qu'il n'est pas possible qu'Il - Il est Sublime - désappointe ces sentiments d'espoir et d'amour, purs et sincères, du serviteur, et qu'Il repousse son amour et déçoive ses espoirs:

«Comment laisser aux supplices celui qui aspire à Ta Clémence d'antan (ainsi qu'il espère obtenir Ta Grâce et Ta Miséricorde!)

Comment le laisser souffrir de Ton enfer alors qu'il espère obtenir Ta Grâce et Ta Miséricorde!

Comment le laisser brûler par ses flammes (de l'enfer) alors que Tu entends sa voix et que Tu le vois là-bas!

Comment le laisser vivre sous sa chaleur (de l'enfer) alors que Tu connais sa faiblesse!

Comment le laisser se tordre entre ses étages alors que Tu connais sa sincérité!

Comment le laisser subir le mauvais traitement de ses habitants, alors qu'il T'appelle: Ô Mon Seigneur!»

Non, il est impossible et inconcevable qu'Allah déçoive l'attente de Ses adorateurs dévoués, vu Sa Clémence et Sa Miséricorde auxquelles Il les a habitués.

Donc l'Imam 'Alî s'applique à démontrer la Clémence et la Miséricorde du Créateur, auxquelles s'attendent les adorateurs sincères par la Clémence et la Miséricorde dont ils ont déjà bénéficié: «Comment laisser aux supplices celui qui aspire à Ta Clémence d'antan!».

Notons que l'Imam 'Alî (p) est ici catégorique concernant ce volet (la ligne descendante) de la relation du Créateur avec le serviteur, de même qu'il a été catégorique dans l'autre volet (la ligne montante) de la relation du serviteur avec Allah. De même qu'il ne doute pas un instant qu'il ne se départe pas de ses sentiments d'amour infini pour Allah ni ne perde jamais son espoir en Lui, ni ne recherche aucun autre abri ou secours que Lui, quand bien même il se trouverait en Enfer, de même il a la certitude qu'Allah ne désappointe pas cet amour sincère du serviteur et son espoir tenace placé en Lui. Méditons sur ce ton d'affirmation catégorique et de certitude absolue de l'Imam 'Alî quant à l'étendue de la Miséricorde du Créateur à laquelle l'adorateur s'attend:

«Non, jamais personne ne Te croira ainsi! car, ni ce qu'on sait de Ta grâce, ni la façon dont Tu as traité les monothéistes en leur accordant Ta Bienfaisance et Tes Bienfaits, ne permettent de le penser. Ainsi, j'affirme avec certitude que: si Tu n'avais pas ordonné le supplice aux renégats, et que Tu n'avais pas condamné ceux qui T'ont désobéi à subir l'Enfer, Tu aurais transformé celui-ci en un lieu frais et paisible, et personne n'y aurait trouvé demeure, ni lieu de détention».(31)

On retrouve cette affirmation catégorique et cette certitude absolue concernant l'amour de l'adorateur pour son Maître et la Compassion d'Allah envers son serviteur dans d'autres supplications de l'Imam 'Alî et de ses successeurs bénis. Ainsi dans une célèbre Munâjât, il s'adresse à Allah dans les termes suivants:

«Ô Seigneur! (je jure) Par Ta Puissance et Ta Gloire, je T'ai aimé d'un amour dont la douceur s'est enracinée dans mon coeur; or le for intérieur de ceux qui croient à Ton Unicité ne saurait concevoir que Tu puisse détester Tes amoureux».(32)

Pour sa part, son petit-fils, l'Imam 'Alî Ibn al-Hussain dans l'une de ses munâjât dit:

«Ô mon Dieu! Comment pourrais-Tu humilier, en la délaissant, une âme que Tu as chérie par Ton Unicité! Ou comment pourrais-Tu brûler sous la chaleur de Tes feux une conscience qui a contracté Ton amour!»(33)

Et dans le Do'â' al-Sahar du mois de Ramadhân, il adresse ce monologue à Allah:

«Serait-il imaginable que Tu puisses démentir nos idées (Te concernant), ou décevoir nos espoirs (mis en Toi)! Non! ô Généreux! Telle n'est pas notre idée de Toi ni notre espérance en Toi! Car ô Seigneur! Nous avons un espoir illimité en Toi et ce que nous espérons de Toi est immense».(34)


L'état de désir et l'état de plaisir dans l'amour

L'amour peut se manifester sous deux formes: le désir ou le plaisir.

Les deux états expriment l'amour mais dans deux situations différentes. L'état de désir atteint l'amoureux lorsqu'il se trouve éloigné de celui qu'il aime, alors qu'il vit l'état de plaisir lorsqu'il côtoie son bien-aimé.

Les deux états s'alternent dans le coeur de l'adorateur vis-à-vis d'Allah suivant ces deux formes de manifestation, car Allah se manifeste devant le serviteur tantôt de loin tantôt de près. Lorsqu'Il se manifeste de loin, l'adorateur éprouve un état de désir, et lorsqu'Il se manifeste de près («où que vous soyez, Il est avec vous»(35), «Nous sommes plus près de lui que la veine de son cou»(36), «Quand Mes serviteurs t'interrogent à Mon sujet; Je suis tout près et Je réponds à l'appel de celui qui M'appelle»(37)).

Méditons maintenant les propos suivants, très significatifs, de l'Imam al-Mahdi dans Do'â' al-Iftitâh:

«Louanges à Allah dont le voile est inviolable et dont la porte ne se ferme jamais».(38)

Il y a deux sortes de voile: le voile d'obscurité et le voile de lumière. La vue de l'homme pourrait ne pas fonctionner soit à cause de la densité du voile d'obscurité soit sous l'effet de la haute tension de l'ardeur (brillance, luminosité) de la lumière. Ainsi, l'homme ne pourrait pas voir le soleil, non à cause d'une barrière quelconque, mais en raison de la vivacité de l'ardeur du soleil qui forme ce que nous appelons le voile de lumière.

Dans la relation de l'homme avec Allah, le voile d'obscurité c'est l'amour de la vie d'ici-bas et la tendance à commettre de mauvaises actions et des péchés, alors que le voile de lumière y est tout autre chose: c'est le voile inviolable ou infranchissable, selon l'expression du Maître du Temps, l'Imam al-Mahdi ().

Et c'est précisément ce voile qui attise le désir et la soif d'Allah dans les coeurs des serviteurs pieux, comme nous le décrit l'Imam Zayn al-'Âbidîn (p):

«(Ô Seigneur) ma soif ardente ne peut être apaisée que par Ton contact, ma souffrance agitée ne se calme que par Ta rencontre, mon désir de Toi ne s'assouvit qu'en regardant Ta Face, mon but ne sera fixé qu'en m'approchant de Toi, mon affliction ne sera conjurée que par Ta Miséricorde, ma maladie ne sera guérie que par Ta Médecine, mon chagrin ne sera enlevé que par Ta Proximité, ma blessure ne sera cicatrisée que par Ton amnistie, la rouille de mon coeur ne sera dérouillée que par Ton Pardon! ... Ô Sommet de l'espoir de ceux qui espèrent! Ô Point de mire des solliciteurs! Ô Zénith de la demande des demandeurs! Ô Faîte du désir des désireux! Ô Ami des serviteurs vertueux! Ô Sécurité de ceux qui ont peur! Ô Exaucement de la prière des nécessiteux! Ô Réserve des dépossédés! Ô Trésor des misérables!»(39)

Le pendant de cette manifestation divine (tajallî) est une autre sorte de théophanie: la manifestation d'Allah devant Ses serviteurs sans qu'il y ait entre Lui et eux une porte qui se ferme: Il écoute leurs monologues suppliants (munâjât), et se trouve plus près d'eux que leur veine jugulaire; Il s'interpose entre le serviteur et son coeur et rien de ce qui se passe dans les coeurs des adorateurs ne Lui échappe. Et là, le serviteur pressent la présence de son Maître, craint de Lui désobéir ou de commettre ce qui pourrait Lui déplaire, éprouve un plaisir de L'invoquer et se livre à Lui par des monologues suppliants et Lui adresse des implorations et des prières et prolonge inlassablement sa station devant son Bien-Aimé Créateur.

En effet, il est de notoriété publique que lorsqu'on se trouve en présence d'une personne qu'on aime et affectionne, le temps passe vite et on n'éprouve aucune lassitude ni ennui. Que dire alors quand nous sentons Allah tout près de nous, en train de nous écouter, nous voir, entendre nos prières et supplications: «Où que vous soyez, Il est avec vous. Dieu voit parfaitement ce que vous faites!»(40) et que nos invocations nous apportent un apaisement et une quiétude que nous ne pourrons retrouver dans n'importe quelle autre situation: «N'est-ce pas au rappel d'Allah que les coeurs se tranquillisent!?»(41)

L'Imam al-Mahdi () dit dans son Do'â' al-Iftitâh:

«Aussi me suis-je mis à T'appeler en toute confiance, et à Te solliciter avec gaieté, sans peur ni crainte, exigeant de Toi avec familiarité ce pour quoi j'étais venu vers Toi».(42)

Sans doute, cet état de plaisir, de sécurité et de quiétude qu'éprouve l'adorateur lorsqu'il se sent près d'Allah représente-t-il l'un des meilleurs états du serviteur vis-à-vis de son Seigneur. Néanmoins, il ne constitue pas l'idéal dans la relation de l'homme avec Allah. Il doit être associé à l'état de désir pour qu'il soit complet, équilibré et harmonieux.

En effet, ces deux états prévalent dans l'adoration des serviteurs pieux et proches d'Allah et dans leur relation avec Lui. Mais tantôt c'est l'état de désir qui constitue le trait marquant de cette relation et cette adoration, tantôt c'est l'état de plaisir doux, de quiétude et de sécurité, et tantôt tous les deux; et c'est ce dernier état qui devrait prédominer notre relation avec Allah, car il est plus harmonieux et plus équilibré.

Observons à cet égard l'Imam Zayn al-Âbidîn (p) à travers ces différentes supplications qui nous en fournissent la meilleure illustration:

- Hammâd Ibn al-'Attâr al-Kûfî témoigne: «Alors que je voyageais avec une caravane pour le pèlerinage, une tempête noire et ténébreuse s'est soulevée. La caravane se disloqua et je m'égarai dans le désert et parvint enfin à une vallée déserte. À la tombée de la nuit, je m'abritai sous un arbre. Lorsque l'obscurité s'intensifia, je vis venir un jeune homme portant des vêtements blancs usés et exhalant un parfum de musc. Je me dis alors que c'était sûrement un ami d'Allah, et qu'il pourrait s'en aller s'il découvrait ma présence. Aussi restai-je immobile et évitai-je de faire le moindre mouvement afin de ne pas le faire fuir et de ne pas l'empêcher d'accomplir ce pour quoi il était venu. Le jeûne homme s'approcha de l'endroit (où je me trouvai) et se prépara à la prière. Il s'éleva soudain et se mit à implorer:

"Ô Toi qui as acquis toutes choses par Ta Royauté et vaincu toutes choses par Ta Puissance! Fais entrer dans mon coeur la joie de Ton désir et insère-moi dans le rang de Tes serviteurs obéissants".

»Après quoi il accomplit la prière. Puis lorsque l'obscurité se dissipa, il bondit, se mit debout et supplia:

"Ô Toi vers Qui les solliciteurs se sont dirigés pour en trouver le meilleur Guide, et près de Qui les gens terrifiés sont venus s'abriter pour en découvrir le meilleur Pourvoyeur de faveurs et à Qui les adorateurs ont fait appel pour en constater le meilleur donateur! Ô mon Dieu! Quand a-t-il connu le repos celui qui a confié à quelqu'un d'autre que Toi son corps! Et quand a-t-il connu la joie celui qui a destiné à quelqu'un d'autre que Toi son intention!..."».(43)

- Al-Açma'î relate: «Une nuit, alors que j'accomplissais le tawâf (tour) de la Ka'bah je vis un jeune homme aux bonnes manières s'accrocher aux rideaux de la Ka'bah en priant:

"Les yeux se sont endormis et les étoiles se sont hissées, alors que Toi, le Vivant, le Subsistant, Ta porte reste ouverte aux solliciteurs pendant que les rois ont fermé les leurs en les faisant surveiller par leurs gardes. Je suis venu donc près de Toi pour que Tu me regardes avec Ta Miséricorde, ô Toi le plus Miséricordieux des miséricordieux!".

»Puis il récita ces vers:

"Ô Toi qui exauces la prière du nécessiteux dans l'obscurité! Ô Toi qui conjures le mal, les épreuves et les maladies!

Tes pèlerins se sont tous déjà endormis, et Toi, Tu es le seul à ne pas dormir, ô Subsistant!

Je Te prie, ô Seigneur, comme Tu nous l'as demandé! Aie donc pitié de mes pleurs, par l'amour de la Maison et du Sanctuaire!

Car, si un ignorant ne pouvait espérer Ton Pardon, qui accorderait alors les bienfaits aux désobéissants!?"

»En le suivant j'ai su que c'était l'Imam Zayn al-Âbidîn».(44)

­ Tâwûs al-Faqîh rapporte: «J'ai vu l'Imâm al-Sajjâd faire le tawâf de la Ka'bah et accomplir des actes d'adoration depuis la tombée de la nuit jusqu'à la fin de la nuit. Lorsqu'il n'y vit plus personne, il regarda le ciel et dit:

"Par Ta Puissance et Ta Gloire! Je n'ai pas cherché à m'opposer à Toi lorsque j'ai commis un acte de désobéissance. Ce n'est pas par doute à Ton égard, ni par ignorance de l'exemplarité de Ta punition, ni par défi à Ton Châtiment, que je T'ai désobéi, mais par un caprice de mon âme conjugué avec le voile par lequel Tu couvres mes méfaits! Et à présent qui pourrait me soustraire à Ta torture!? Et à quelle corde je pourrais m'accrocher, si Tu venais à me détacher de la Tienne!? Quel malheur m'attendrait demain: lorsque je serai présenté devant Toi et qu'on dira aux gens au livret de péchés allégé: "passez" et à ceux au livret de péchés chargé: "descendez!" Passerai-je avec les "allégés" ou descendrai-je avec les "chargés"!? Malheur à moi! Plus je vis plus longtemps, plus mes péchés augmentent sans que je me repente! N'est-il pas temps que j'ai honte devant mon Seigneur!?"

»Puis il pleura et récita ces vers:

"Me brûles-Tu au Feu, ô Sommet des espoirs!? Qu'adviendrait-il alors de mon espoir, et puis de mon amour!?

J'ai commis des actes détestables par désinvolture, et un crime comme le mien n'est perpétré par aucune autre créature".

»Ensuite il pleura encore et implora:

"Gloire à Toi! On Te désobéit comme si on ne Te voyait pas, alors Tu Te montres Clément comme si Tu n'étais pas désobéi! Tu recherches l'amitié de Tes créatures par Ta Bienfaisance, comme si Tu avais besoin d'elles, alors que Tu Te passes absolument d'elles, o mon Seigneur!?"

»Après quoi, il se prosterna. Je m'approchai alors de lui, relevai sa tête et la déposai sur mon genou et me mit à pleurer jusqu'à ce que mes larmes aient coulé sur sa joue. Là, l'Imam (p) redressa son buste et s'assit en me demandant: "Qui est celui qui a interrompu mes invocations d'Allah?". "Je suis Tâwûs, ô fils du Messager d'Allah. Pourquoi toute cette angoisse et toute cette crainte!? C'est à nous de faire ce que tu fais, parce que nous sommes pécheurs et désobéissants, alors que toi, tu as pour père al-Hussain Ibn 'Alî, pour mère Fâtimah al-Zahrâ' et pour grand-père le Messager d'Allah", lui dis-je. L'Imam me répliqua: "Jamais! Jamais! Ô Tâwûs! Ne me parle pas de mon père, de ma mère et de mon grand-père. Allah a créé le Paradis et l'a destiné à quiconque Lui obéit, serait-il un esclave abyssin, et Il a créé l'Enfer en le destinant à quiconque lui désobéit, serait-il un Noble (Sayyid) de Quraych. N'as-tu pas entendu cette Parole d'Allah: Quand on soufflera dans la trompette, ce Jour-là, il ne sera plus question, pour eux, de généalogies et ils ne s'interrogent plus. (sourate 23, verset 101). Par Allah, demain rien ne te sera utile, si ce n'est une bonne action que tu auras accomplie"».(45)

Les do'â' et les entretiens intimes (munâjât) attribués aux Imams d'Ahl-ul-Bayt (p), et notamment les quinze célèbres munâjât de l'Imam Zayn al-'Âbidîn (al-Sajjâd), cités par al-Majlicî dans "Bihâr al-Anwâr" sont riches en ce genre d'images vivantes et mouvantes qui expriment le plaisir et le désir.

Citons, avant de conclure ce chapitre, quelques-unes de ces images très évocatrices qui constituent le domaine quasi exclusif des Imams d'Ahl-ul-Bayt et un trésor unique en son genre:

«Seigneur! Qui donc ayant goûté aux délices de Ton Amour pourrait désirer un autre que Toi!?

Qui donc ayant joui du plaisir de Ta Proximité chercherait un autre que Toi!?

Ô Mon Dieu! Donne-nous d'être au nombre de ceux que Tu as élus pour Ta Proximité et pour Ton Amitié,

que Tu as fait se réserver à Ton amour et à Ton affection,

que Tu as fait désirer Ta rencontre et agréer Ta Volonté,

et à qui Tu as permis de regarder Ta Face,

que Tu as favorisés par Ta Satisfaction et mis à l'abri de Ton abandon et de Ta haine,

à qui Tu as préparé la place de Vérité à Tes côtés,

que Tu as réservés pour Ta connaissance,

que Tu as qu'Alîfiés pour Ton adoration,

dont Tu as rendu le coeur passionné de Ta Volonté,

que Tu as fait aimer et inspirer Ton invocation,

que Tu as amenés à être reconnaissants envers Toi et occupés à Ton adoration,

que Tu as rendus de bons serviteurs parmi Tes créatures,

que Tu as choisis pour s'adonner aux entretiens intimes (munâjât) avec Toi, dont Tu as coupé toutes attaches qui pourraient les éloigner de Toi.

Ô Seigneur!

Fais que nous soyons au nombre de ceux qui ont l'habitude de trouver l'apaisement auprès de Toi et s'attendrir pour Toi, qui passent leur vie en soupirs et gémissements, dont les fronts sont prosternés devant Ta Grandeur, dont les yeux veillent à Ton service, dont les larmes coulent par Ta crainte, dont les coeurs sont attachés à Ton amour et les viscères arrachées par peur de Ta Colère.

Ô Toi dont les rayonnements de la Sainteté brillent pour les regards de ceux qui T'aiment et dont la Lumière désire les coeurs de ceux qui Te connaissent!

Ô Voeu des coeurs des désireux! Ô sommet des espoirs des connaisseurs (d'Allah)! Je sollicite auprès de Toi Ton amour et l'amour de ceux qui T'aiment, ainsi que l'amour de toute action qui me conduira à Ta proximité.

Fais que je T'aime plus que tout autre, que mon amour pour Toi soit un guide vers Ton agrément, que mon désir de Toi soit un rempart contre Ta désobéissance.

Accorde-moi la faveur de (pouvoir) Te regarder. Regarde-moi avec affection et compassion et ne détourne pas de moi Ton visage».(46)

Dans cette séquence de sa munajât, l'Imam al-Sajjâd demande à Allah trois faveurs de la plus haute importance.

Il Lui demande tout d'abord de le choisir pour Sa Proximité, de dépouiller son coeur de toute affection en dehors de son amour pour Lui, de lui permettre de regarder Sa Face, de lui inspirer Son invocation, de couper toutes ses attaches susceptibles de l'éloigner de Lui etc.

Ce début est nécessaire pour la réalisation de la demande que l'Imam formule à l'adresse du Seigneur, à savoir le mouvement vers la Proximité d'Allah, car il est indispensable que le serviteur demande au Créateur de lui accorder les moyens de ce mouvement ou les clés qui ouvrent le passage vers Lui.

En effet lorsqu'Allah accorde à un serviteur une faveur, Il lui donne le moyen d'y accéder. Or les portes par lesquelles l'homme entre pour partir au sommet de la rencontre avec le Seigneur et pour pouvoir regarder Sa Face sont:

1- Le dépouillement du coeur de toute passion et de tout amour de la vie d'ici-bas, de toute préoccupation d'ordre mondain ou terrestre, et de tout attachement à ce monde, et c'est ce que les uléma appellent le vidage (takhliyah), ou le fait de vider le coeur de tout souci et de tout attachement relatifs à quelque chose d'autre que Lui. La meilleure illustration en est ce passage des munâjât précités de l'Imam al-Sajjâd:

«Donne-nous d'être au nombre de ceux que Tu as fait se réserver à Ton amour et à Ton affection.

Donne-nous d'être au nombre de ceux que Tu as fait ne regarder que Toi et dont Tu as dépouillé le coeur (de tout amour qui ne soit pas) pour Toi.

Fais que nous soyons au nombre de ceux dont Tu as coupé toutes attaches qui pourraient les éloigner de Toi».

2- Le deuxième point dans ce début est selon le jargon des scolastiques, le (tahliyah), c'est-à-dire l'octroi de tout ce qui est positif, par opposition au premier point dit (takhliyah) - le dépouillement de tout ce qui est négatif - . En effet, ici, l'Imam (p) demande à Allah de lui accorder les faveurs suivantes:

«Donne-nous d'être parmi ceux que Tu as fait agréer Ta Volonté, à qui Tu as accordé Ta Satisfaction, que Tu as réservés pour Ta connaissance, que Tu as qu'Alîfiés pour Ton adoration, que Tu as fait désirer ce que Tu possèdes, à qui Tu as inspiré Ton invocation, que Tu as amenés à être reconnaissants envers Toi et occupés à Ton culte, que Tu as rendus de bons serviteurs parmi Tes créatures, que Tu as choisis pour s'adonner aux entretiens intimes (munâjât) avec Toi. Et fais que nous soyons au nombre de ceux dont les fronts sont prosternés devant Ta Grandeur, dont les yeux veillent à Ton service, dont les larmes coulent par Ta crainte, dont les coeurs sont attachés à Ton amour et les viscères arrachées par peur de Ta Colère».

Donc ce début, par ses deux points, constitue la clé du mouvement vers Allah et le point de départ de l'homme vers la réalisation de son but suprême, la rencontre d'Allah.

La deuxième demande découle de la première et constitue l'étape intermédiaire du mouvement montant vers Allah, étape sans laquelle l'homme ne saurait se mouvoir vers Lui ni parvenir à Sa Proximité «dans un séjour de Vérité, auprès d'un Roi Tout-Puissant».(47)

Le vaisseau qui transporte l'homme vers ce but que tout véridique, tout Prophète, tout serviteur pieux et tout martyr désirent ardemment atteindre, est l'amour et le désir d'Allah et le plaisir de se sentir près de Lui, amour désir et plaisir sans lesquels le serviteur ne pourra espérer atteindre à cette place sublime près de Lui. Or cet amour et ce désir d'Allah et ce sentiment de plaisir que l'homme éprouve auprès de Lui sont des dons d'Allah: Il les accorde à ceux qu'Il élit et choisit parmi Ses créatures.

Aussi l'Imam al-Sajjâd (p) insiste-t-il sur cette demande et implore-t-il Allah par différents moyens d'expression d'y accéder, notamment en Lui lançant cet appel pathétique et en s'adressant à Lui par ce merveilleux vocatif: «Ô Voeu des coeurs des désireux! Ô Sommet des espoirs des aimants!», pour Le supplier de le faire L'aimer, de le faire aimer tous ceux qui L'aiment et de le faire aimer toute action susceptible de le rapprocher de Sa Proximité.


D'autres images du désir et du plaisir dans les Do'â' de l'Imam al-Sajjâd (p):

«Mon Dieu! Je Te demande donc (de nous indiquer) les sentiers qui conduisent à Toi, de nous faire emprunter le plus court chemin qui mène vers Toi; écourte pour nous la distance, facilite pour nous l'ardu et le difficile, fais-nous rejoindre ceux de Tes serviteurs qui accourent promptement vers Toi, qui frappent continuellement à Ta Porte, qui accomplissent jours et nuits Ton culte, en tremblant devant Ta Majesté, ceux pour qui Tu as purifié les sources, comblé les désirs, satisfait les demandes, assouvi, par Ta Grâce, les besoins, ceux dont Tu as rempli les coeurs de Ton amour, ceux que Tu as désaltérés de Ta boisson pure, et qui grâce à Toi ont accédé au plaisir de Tes munâjat (entretiens intimes), et de Toi ont obtenu l'accession au sommet de leur buts recherchés.

Ô Toi qui viens à la rencontre de ceux qui se dirigent vers Toi, et qui reviens sans cesse vers eux pour leur prodiguer Tes faveurs; Ô Toi qui Te montres Clément et Compatissant envers ceux qui négligent de T'invoquer, et qui les attires vers Ta porte avec affection et amabilité! Je Te demande de me réserver le plus grand lot des faveurs que Tu leur accordes, la plus haute position auprès de Toi que Tu leur destines, la plus grande part de Ton amour (que Tu leur montres), et la plus grande partie de Ta connaissance (que tu leur autorises).

Car c'est sur Toi seul que s'est concentrée ma pensée, c'est vers Toi seul que s'est dirigé mon désir, c'est Toi seul, et personne d'autre, que je veux et c'est pour Toi seul à l'exclusion de tout autre que je veille et je ne dors pas. Ta rencontre est ma consolation, Ton contact vaut mon âme. C'est Toi qui me manques, Ton amour est ma passion et mon ardente affection, Ta satisfaction est tout ce que je recherche, Te voir est mon besoin, être à Ta proximité est l'objet de ma sollicitude, et être à Tes côtés est tout ce que je demande. J'éprouve le repos et l'apaisement dans mes entretiens intimes avec Toi, et en Toi je trouve le remède de mon malaise, l'apaisement de ma soif ardente et la délivrance de mon adversité. Sois donc mon compagnon dans ma solitude, Celui qui me relève lorsque je trébuche, Celui qui me pardonne lorsque je commets une faute, Celui qui accepte ma repentance, Celui qui répond à mon appel, Celui qui se charge de ma protection, et Celui qui supplée à mon indigence. Ne coupe pas mes liens avec Toi ni ne m'éloigne de Toi, ô mes délices et mon paradis, ô Toi qui représentes tout pour moi dans ma vie présente et dans ma Vie future».(48)

Cet auguste extrait d'entretien intime constitue un morceau d'anthologie dans la littérature de munâjât et de do'â'. Il brosse un portrait très expressif de l'adresse des Imams d'Ahl-ul-Bayt au Créateur et de la profondeur de leurs sentiments d'amour envers Lui. Il est, en tout cas, superflu de commenter ce munâjât riche en expressions, en images et en figures, car son éloquence se passe de commentaire. Nous nous contentons toutefois de passer en revue rapidement certaines images et idées de l'amour divin qu'il recèle.

Au début, l'Imam al-Sajjâd demande à Allah de lui tendre la main pour le conduire vers Lui-Même. Tel est en fait l'essentiel et le plus important de sa requête.

Remarquons tout d'abord que dans ce do'â', l'Imam al-Sajjâd ne sollicite aucune faveur, aucun avantage, aucun bienfait dans ce monde ni dans l'Au-delà, bien qu'une telle sollicitation soit tout à fait légitime et aimée d'Allah. Il demande seulement la proximité d'Allah et une place auprès de Lui à côté des véridiques, des martyrs et des Prophètes.

Notons ensuite qu'il dit: «Mon Dieu! Je Te demande donc (de nous indiquer) les sentiers qui conduisent à Toi» (au pluriel) et non "le sentier" (au singulier). Pourquoi? On sait que le Chemin (al-Çirât) conduisant à Sa Majesté est unique, et non multiple, puisque le saint Coran n'en mentionne qu'un partout où il est question de çirât:

«Guide-nous dans le droit Chemin, le Chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Ta Colère, ni des égarés».(49)

«Allah guide qui Il veut vers le droit Chemin».(50)

«Et Il les guide vers le droit Chemin».(51)

«Nous les avons choisis et guidés vers le droit Chemin».(52)

En revanche, le mot sentier (sabîl) est mentionné au pluriel de nombreuses fois, aussi bien lorsqu'il s'agit de bons sentiers que les mauvais sentiers:

«Allah guide aux chemins du salut ceux qui cherchent son agrément».(53)

«Et ne suivez pas les sentiers qui vous écartent de Sa voie».(54)

«Et suivez les sentiers de votre Seigneur, rendus faciles pour vous».(55)

«Et qu'aurions-nous donc à ne pas placer notre confiance en Allah, alors qu'Il nous a guidés sur les sentiers».(56)

«Et quant à ceux qui luttent pour notre cause, Nous les guiderons certes sur Nos sentiers. Allah est en vérité avec les bienfaisants».(57)

En effets, Allah a laissé aux gens la possibilité d'emprunter une multitude de moyens, voies ou sentiers pour parvenir à Lui. Selon une opinion admise par les uléma: les voies menant à Allah sont aussi nombreuses que les souffles des créatures.

Certes toutes ces voies courent (se trouvent) sur le Chemin droit d'Allah, mais le Créateur a permis à chaque serviteur de Le connaître et de se diriger vers Lui par un moyen différent. Ainsi, il y a des gens qui s'orientent vers Allah par la Science et l'intellect ('aql), d'autres par le coeur et le for intérieur, d'autres encore en commerçant et en traitant directement avec Lui. Ceci dit, il est indéniable que le meilleur moyen de connaître Allah est l'échange ou le "commerce" direct avec Lui. En effet Allah dit:

«Ô vous les croyants! Vous indiquerai-Je un marché qui vous sauvera d'un châtiment douloureux?»(58)

Et

«Il en est un, parmi les gens, qui s'est vendu lui-même pour plaire à Allah. Allah est bon envers Ses serviteurs».(59)

Donc lorsque l'Imam al-Sajjâd demande à Allah de l'amener vers les voies, et non une voie, qui conduisent à Lui, il cherche à s'assurer qu'il parviendra à la bonne porte, car plus les moyens qui conduisent à Allah sont nombreux, plus on a la chance d'arriver à Sa proximité et à Ses côtés.

Puis l'Imam al-Sajjâd implore le Miséricordieux de le faire se joindre à Ses serviteurs pieux qui étaient prompts et les premiers à Lui obéir, qui passaient le jour et la nuit à accomplir le culte, qui ont traversé la voie avec détermination et sincérité et qui sont tombés en martyrs, chemin faisant.

Car il sait que parvenir à cette haute position sublime auprès du Très-Haut requiert le déploiement de grands efforts et la traversée d'une longue route difficile. Aussi supplie-t-il Allah de lui raccourcir la distance et de lui aplanir les difficultés de ce long périple en le joignant aux serviteurs pieux (lui, qui est pourtant, l'Imam et le guide des serviteurs pieux) qui l'y ont précédé, sachant que la compagnie de serviteurs dévoués sur une route difficile est à même de renforcer la détermination des membres de la caravane de poursuivre ce voyage éprouvant:

«Fais-nous emprunter le plus court chemin qui mène vers Toi; écourte pour nous la distance, facilite pour nous l'ardu et le difficile, fais-nous rejoindre ceux de Tes serviteurs qui accourent promptement vers Toi, qui frappent continuellement à Ta Porte, et qui accomplissent jours et nuits Ton culte».


Les importations et les exportations du coeur

La manière dont l'Imam al-Sajjâd décrit ces serviteurs pieux auxquels il demande à Allah de le joindre mérite réflexion et méditation: «ceux pour qui Tu as purifié les sources, comblé les désirs(...), ceux dont Tu as rempli les coeurs de Ton amour, ceux que Tu as désaltérés de Ta boisson pure etc.».

Notons que cette boisson limpide et pure dont Allah les désaltère dans la vie d'ici-bas est la boisson de "l'amour", de "la certitude", de "la sincérité", du "savoir"... et le récipient qui la renferme est le coeur.

Certes, Allah a favorisé l'homme de nombreux récipients pour le savoir, la certitude et l'amour, mais le coeur est de loin le meilleur d'entre eux. Ainsi, si Allah purifie pour Son serviteur la boisson de son coeur, et le désaltère d'une boisson limpide et pure, ses actes, ses paroles et sa production seront aussi pures et limpides.

Car il y a entre les importations et les exportations du coeur une ressemblance et une correspondance certaines: si les premières sont pures, les secondes le seront aussi; c'est dire que l'action, la parole, les opinions, la morale et la production du serviteur seront purs aussi. En revanche, si ses importations sont impures, troubles et empreinte des inspirations sataniques, ses exportations seront à n'en pas douter aussi impures et ne produiront que mensonges, hypocrisie, avarice et rejet d'Allah et de Son Prophète (P).

En effet le Messager d'Allah (P) dit: «Il y a dans le coeur deux troupes: une troupe émanant du Roi, elle est l'augure du bien et l'approbation de la Vérité, et une troupe émanant de l'ennemi, elle est l'annonce du mal et le démenti de la Vérité. Quiconque constate la présence de la première, qu'il sache qu'elle provient d'Allah, et quiconque constate la présence de la seconde, qu'il invoque la protection d'Allah contre le Satan». Et le Prophète (P) de réciter ce verset coranique: «Le Diable vous fait craindre l'indigence et vous commande des actions honteuses; tandis Qu'Allah vous promet pardon et faveur venant de Lui». (Sourate al-Baqarah, 2: 268)(60)

Ne voit-on pas comment les abeilles produisent un miel doux et pur, appétissant et médicinal, lorsqu'elles se nourrissent du nectar des fleurs, alors que leur miel ne sera pas pur, lorsqu'elles se nourrissent des sources impures.

Allah dit de Ses Prophètes Ibrâhîm, Ishâq et Ya'qûb (p):

«Mentionne Abrâhâm, Isaac et Jacob, Nos serviteurs doués de force et de clairvoyance. Nous les avons purifiés tout spécialement en leur rappelant la demeure éternelle. Ils se trouvent auprès de Nous, parmi les meilleurs élus».(61)

Ce don (la force et la clairvoyance) dont Allah a favorisé ces grands Prophètes est justement le produit de cette boisson pure qu'Allah leur avait accordée: «Nous les avons purifiés tout spécialement en leur rappelant la demeure éternelle».

Car si Allah ne les avait pas purifiés tout spécialement par le rappel de la demeure éternelle, ils n'auraient eu ni force ni clairvoyance.

Moralité: pour que l'action de l'homme soit pure, il est nécessaire que sa boisson le soit aussi, car le coeur ne produit que ce qu'il reçoit.


Le fondement du libre choix

Nous avons expliqué la vérité de l'existence de corrélation et de correspondance entre les importations et les exportations du coeur. Mais cette vérité n'est pas forcément la négation du fondement du libre arbitre qui constitue la base ou le fondement de beaucoup de concepts et d'idées coraniques. En d'autres termes, cette vérité ne signifie pas que le coeur soit un récipient vide qui reçoit et produit passivement tout le bien et le mal qui y est versé. Loin de là, le coeur est un récipient conscient qui sait ce qu'il reçoit et distingue la Vérité d'avec le Faux, le Bien d'avec le Mal. On a là un autre fondement (la conscience du coeur) de la pensée islamique. Et c'est de ce fondement et de ce libre arbitre que dépendent beaucoup de questions, de fondements et conceptions islamiques.

Beaucoup de textes islamiques soulignent le rôle conscient du coeur dans la vie de l'homme et sa capacité à distinguer le Vrai du Faux.

Ainsi, on rapporte que le Prophète Dâwûd (p) s'est adressé à son Seigneur, lors d'un entretien intime, par les propos suivants: «Ô mon Dieu! Tout Roi possède un trésor. Où sont donc les Tiens?» Allah - Il est sublime - lui a répondu:

«J'ai ce qui est plus grand que le Trône, plus large que le Siège (kursî), plus doux que le Paradis, plus paré que le malakût. Son sol est le savoir, son ciel est la Foi, son soleil est le désir, sa lune est l'amour, ses étoiles sont les idées, son nuage est la Raison, sa pluie est la Miséricorde, ses arbres sont l'obéissance, ses fruits sont la sagesse. Il a quatre piliers: la confiance, la réflexion, le plaisir et le rappel, et quatre portes: la science, la sagesse, la patience, et la satisfaction. C'est le coeur».

Comme on peut le constater, le texte dans ses deux composants (la question et la réponse) emploie un langage de symboles, dont l'utilisation est courante dans les textes islamiques.

On rapporte également qu'Allah dit au Prophète Mûsâ (p):

«Ô Mûsâ! Dépouille ton coeur pour Moi, car J'ai fait de ton coeur le domaine de Mon amour, J'y ai étalé une terre de Ma connaissance, construit un soleil de Mon désir, fait briller une lune de Mon affection, mis une source de réflexion, fait tourner un vent de Ma réussite, fait tomber une pluie de Ma faveur, planté une plante de Ma Véracité, fait pousser des arbres de Mon obéissance et J'y ai érigé des montagnes de Ma certitude ...».

Comme le précédent, ce texte utilise aussi un langage symbolique, et tous les deux dénotent et mettent en évidence le rôle conscient du coeur et sa capacité à distinguer la Vérité du Faux et la Guidance de la Perdition.


Retour aux munâjât

Dans une autre séquence du munâjât que nous avons présenté, l'Imam attire notre attention sur un autre aspect de l'immense Bonté divine: Allah vient vers celui qui vient vers Lui et le protège par Sa Grâce; Il est Compatissant et Clément envers celui qui L'oublie et Il efface cet oubli en l'attirant vers Lui par l'affection qu'il Lui montre:

«Ô Toi qui viens à la rencontre de ceux qui se dirigent vers Toi, et qui reviens sans cesse vers eux pour leur prodiguer Tes faveurs; Ô Toi qui Te montres Clément et Compatissant envers ceux qui négligent de T'invoquer, et qui les attires vers Ta porte avec affection et amabilité!»

Puis l'Imam al-Sajjâd (p) formule à l'adresse du Miséricordieux une demande qui nous laisse interrogateurs: il implore Allah de lui réserver la plus grande part de Sa Miséricorde qu'Il accorde aux serviteurs pieux et dévoués, la plus haute position auprès de Lui qu'Il leur destine etc.:

«Je Te demande de me réserver le plus grand lot des faveurs que Tu leur accordes, la plus haute position auprès de Toi que Tu leur destines, la plus grande part de Ton amour (que Tu leur montres), et la plus grande partie de Ta connaissance (que tu leur autorises)».

Au début, l'Imam demandait à Allah de le joindre à la caravane des serviteurs pieux, mais le voilà maintenant qui rehausse d'un cran sa requête et souhaite que le Seigneur lui réserve auprès de Lui la plus haute position qu'Il leur impartit. Comment concilier entre les deux demandes? Que s'est-il passé à l'intérieur de l'Imam, dans son coeur et son esprit, au cours du même do'â', pour qu'une telle gradation et un tel saut se produisent dans sa demande?

La réponse à cette interrogation requiert l'explication de l'un des secrets de la Prière de demande (do'â').

En effet Allah nous a appris à ne pas être parcimonieux dans nos requêtes et de ne pas être avares dans nos sollicitations, ayant affaire au Maître généreux. Que c'est vilain que de se montrer avare dans la demande lorsque l'Être sollicité est la Générosité même et que les trésors de Sa Miséricorde sont inépuisables, illimités! Et d'autant plus que la profusion de Ses dons ne fait qu'augmenter Sa Générosité et Sa Largesse!

Par ailleurs, on comprend mieux la demande de l'Imam al-Sajjâd (p) d'être privilégié dans la position qu'Allah réserve à Ses serviteurs dévoués, lorsqu'on sait qu'Allah nous a enseigné comme règle de politesse de Lui demander de nous placer au devant des croyants pieux: «Et fais de nous un guide (imam, celui qui se met devant) pour les pieux». (Sourate al-Forqân, 25: 74)

En outre, on trouve dans de nombreux do'â' des Imams d'Ahl-ul-Bayt (p) cette formule adressée au Seigneur:

«Ne préfère personne à moi».


Le do'â' et son sommet

Beaucoup de prières de demande ont un fond et un sommet. Le fond représente la position du serviteur avec tous les méfaits et les péchés qu'il a commis, alors que le sommet incarne légitimement ses espoirs et ses ambitions en Allah dont la Largesse, la Générosité et les trésors de sa Miséricorde sont illimités et inépuisables. L'Imam Zayn al-'Âbidîn al-Sajjâd (p) nous fait sentir cette distance psychologique entre le sommet et le fond dans Do'â' al-Sahar précité: «Ô Maître, lorsque je vois mes péchés, je suis terrifié, et lorsque je vois Ta Noblesse, je la convoite». Et, «Ô Mon Seigneur! Mon espoir est grand et mon action est mauvaise; accorde-moi donc de Ton Pardon ce qui correspond à mon espoir, et ne me tiens pas rigueur de ma mauvaise action».

Dans le do'â' Kumayl, l'Imam 'Alî (p) commence par le fond et implore:

«Ô Mon Dieu! je ne vois personne d'autre que Toi pardonner mes péchés, dissimuler mes vilenies et transformer ma mauvaise action en bon acte. Point de divinité, si ce n'est Toi! Gloire et Louange à Toi! Je me suis rendu injuste envers moi-même et j'ai osé (transgresser Ta Loi) par mon ignorance; et j'ai fait appel au souvenir que Tu avais de moi et à la faveur que Tu m'avais toujours accordée (pour mon pardon). Ô Mon Dieu! Ô Mon Maître! Combien de mes actes détestables Tu as couverts, et combien de calamités Tu m'as épargnées! et combien de trébuchements Tu m'as évités, et combien de malheurs Tu as éloignés de moi, et combien de belles louanges (à mon égard) Tu as propagées! Ô Mon Dieu! mon malheur s'est aggravé, mon état a empiré, mes bonnes actions se sont réduites, mes chaînes m'ont entravé, mes espérances démesurées m'empêchent de me rendre utile, ce bas-monde m'a trompé par sa vanité, et mon âme, par sa trahison et mes atermoiements. C'est pourquoi, je Te demande, ô Mon Maître, par Ta Gloire, de faire en sorte que mes mauvaises actions et mes péchés n'empêchent pas mon invocation de parvenir à Toi, et de ne pas dévoiler ce que Tu connais de mes secrets».

Ce fond est le niveau le plus bas de la servitude avec tout ce qu'elle comporte de mal et de négatif. Puis il remonte pour atteindre le sommet de l'ambition qui incarne le grand espoir du serviteur dans la large Miséricorde d'Allah:

«Donne-moi la possibilité de Te craindre révérenciellement, et d'être à Ta disposition continuellement, afin que je sois parmi ceux qui rivalisent dans leur course vers Toi, et le plus rapide de ceux qui accourent pour s'approcher de Toi, et que je Te craigne comme tous les croyants convaincus, et afin que je rejoigne auprès de Toi, les gens pieux. Ô Mon Dieu, si quelqu'un me voulait du mal, rends-le-lu, fais de moi le meilleur de Tes serviteurs, le plus proche de Toi et Ton fidèle le plus dévoué. Car une telle faveur, on ne peut l'obtenir que par Ta Grâce».

Ce voyage du "fond" au "sommet" exprime le mouvement de l'homme vers Allah. C'est le voyage de l'espoir, de l'espérance et de l'ambition. Et lorsque l'homme place son espoir et son ambition en Allah, son voyage n'a pas de fin, ni de limite.


Les trois moyens

Dans ce voyage, l'Imam 'Alî al-Sajjâd (p) prie Allah par trois moyens, conformément à la volonté d'Allah qui nous commande de Lui demander les moyens d'aller à Lui:

«Ô vous qui croyez! Craignez Allah et recherchez les moyens de vous rapprocher de Lui! Combattez pour Sa Cause! Peut-être serez-vous heureux».(62)

«Ceux-là mêmes qu'ils invoquent, recherchent le moyen de se rapprocher de leur Seigneur».(63)

Les moyens que l'Imam demande à Allah dans ce voyage sont: le besoin, la demande et l'amour. Quelle pertinence! Ce maître incontesté du Do'â' sait parfaitement ce qu'il demande à Allah, comment demander et où sont les points d'accès à la Miséricorde du Miséricordieux!


Le premier moyen: le besoin

Le besoin lui-même est une émanation de la Miséricorde d'Allah, car le Créateur couvre de Sa Miséricorde les besoins de toutes Ses créatures, y compris les animaux et les plantes, et ce sans qu'elles le Lui demandent. Évidemment cela ne signifie nullement l'inutilité de la demande et de la sollicitation, lesquelles constituent en fait, à côté du besoin, un autre aspect de la Miséricorde d'Allah. Ainsi, si elles ont soif, Il les désaltère, lorsqu'elles ont faim, Il les nourrit, et lorsqu'elles sont dénudées, Il les revêt: «C'est Lui qui me nourrit et qui me donne à boire; c'est Lui qui me guérit , lorsque je suis malade» (64), et ce lors même qu'ils ne connaissent pas Allah parfaitement, ne savent pas comment L'implorer, ni quoi Lui demander: «Ô Toi qui, par tendresse et compassion, donne aussi bien à celui qui Te demande, qu'à celui qui ne Te demande pas, ainsi qu'à celui qui ne Te connaît pas».(65)

Dans un merveilleux munâjât, l'Imam 'Alî (p) énumère les innombrables motifs de la sollicitation par les serviteurs de la Miséricorde d'Allah:

«Mon Seigneur! Ô mon Maître! Tu es le Maître et je suis l'esclave! Qui d'autre que le Maître fait miséricorde à l'esclave!?

Mon Maître! Ô mon Maître! Tu es le Puissant et je suis l'humilié! Qui donc d'autre que le Puissant fait miséricorde à l'humilié!?

Mon Maître! Ô mon Maître! Tu es le Créateur et je suis la créature! Qui donc d'autre que le Créateur fait miséricorde à la créature!?

Mon Maître! Ô mon Maître! Tu es l'Immense et je suis le mesquin! Qui donc d'autre que l'Immense fait miséricorde au mesquin!?

Mon Maître! Ô mon Maître! Tu es le Fort et je suis le faible! Qui donc d'autre que le Fort fait miséricorde au faible!?

Mon Maître! Ô mon Maître! Tu es le Riche et je suis le pauvre! Qui donc d'autre que le Riche fait miséricorde au pauvre!?

Mon Maître! Ô mon Maître! Tu es le Donateur et je suis le quémandeur! Qui donc d'autre que le Donateur fait miséricorde au quémandeur!?

Mon Maître! Ô mon Maître! Tu es le Vivant et je suis le mortel! Qui donc d'autre que le Vivant fait miséricorde au mortel!?

Mon Maître! Ô mon Maître! Tu es l'Éternel et je suis le passager! Qui donc d'autre que l'Éternel fait miséricorde au passager!?

Mon Maître! Ô mon Maître! Tu es le Permanent et je suis l'éphémère! Qui donc d'autre que le Permanent fait miséricorde à l'éphémère!?

Mon Maître! Ô mon Maître! Tu es le Dispensateur et je suis l'allocataire! Qui donc d'autre que le Dispensateur fait miséricorde à l'allocataire!?

Mon Maître! Ô mon Maître! Tu es le Généreux et je suis l'avare! Qui donc d'autre que le Généreux fait miséricorde à l'avare!?

Mon Maître! Ô mon Maître! Tu es le Sain et je suis le malade! Qui donc d'autre que le Sain fait miséricorde au malade!?

Mon Maître! Ô mon Maître! Tu es le Grand et je suis le petit! Qui donc d'autre que le Grand fait miséricorde au petit!?

Mon Maître! Ô mon Maître! Tu es le Guidant et je suis l'égaré! Qui donc d'autre que le Guidant fait miséricorde à l'égaré!?

Mon Maître! Ô mon Maître! Tu es le Pardonneur et je suis le pécheur! Qui donc d'autre que le Pardonneur fait miséricorde au pécheur!?

Mon Maître! Ô mon Maître! Tu es le Guide et je suis le perdu! Qui donc d'autre que le Guide fait miséricorde au perdu!?

Mon Maître! Ô mon Maître! Tu es le Vainqueur et je suis le vaincu! Qui donc d'autre que le Vainqueur fait miséricorde au vaincu!?

Mon Maître! Ô mon Maître! Tu es le Seigneur et je suis le vassal! Qui donc d'autre que le Seigneur fait miséricorde au vassal!?

Mon Maître! Ô mon Maître! Tu es l'Orgueilleux et je suis l'humble! Qui donc d'autre que l'Orgueilleux fait miséricorde à l'humble!?

Mon Maître! Ô mon Maître! Fais-moi miséricorde par Ta Miséricorde, agrée-moi par Ta Noblesse, pat Ta Générosité et par Ta Grâce, ô Toi Détenteur de la Générosité et de la bienfaisance, des faveurs et des bienfaits».

Dans ces séquences, l'Imam 'Alî (p) invoque son besoin et son indigence pour s'attirer la Miséricorde d'Allah, c'est dire qu'il fait de son indigence et de son besoin le motif, la cause et la justification de la sollicitation de la Miséricorde divine.

Ainsi, la créature attire la Miséricorde du Créateur, le faible attire la Miséricorde du Fort, le malade attire la Compassion du Bien-portant et ainsi de suite.

Telles sont les lois d'Allah, lesquelles sont immuables. Là où il y a besoin et pauvreté, il y a la Miséricorde et la Grâce d'Allah. De même que l'eau descend obligatoirement vers le terrain bas, de même la Miséricorde d'Allah descend là où il y a besoin, car Allah est Généreux et Noble, et le propre du Généreux est de faire montre de sa générosité et de sa compassion surtout là où le besoin se fait sentir.

Dans Do'â' al-Sahar déjà cité, l'Imam al-Sajjâd dit:

«Ô Mon Dieu! Donne-moi, car je suis pauvre et aie pitié de moi, car je suis faible».

Il fait ainsi de sa pauvreté et de sa faiblesse un moyen ou un motif de sollicitation de la Miséricorde d'Allah.

Évidemment ceci ne doit pas être pris dans un sens absolu ou comme le seul moyen ni le moyen impeccable d'obtenir la Miséricorde d'Allah, car dans les lois divines, il y a d'autres facteurs qui attirent la Grâce du Créateur et il y a des obstacles et des voiles qui empêchent la descente de la Miséricorde du Miséricordieux. Par conséquent, lorsque nous énonçons que le besoin et la pauvreté sont un motif de la venue de la Miséricorde d'Allah, il faut comprendre cet énoncé dans le cadre de ces lois générales.

On trouve dans le Noble Coran des exemples de l'invocation de la pauvreté et de la faiblesse en vue de la sollicitation de la Miséricorde d'Allah et de l'obtention de la réponse positive à notre appel, étant donné que le besoin appelle une réponse (satisfaction) de la part d'Allah, tout comme le do'â' et la sollicitation suscitent Sa réponse, ou en d'autres termes l'exposition du besoin en soi tient lieu de Prière de demande (do'â').

Citons quelques-uns de ces exemples coraniques:

1- Ayyûb(66) (p), l'adorateur pieux et durement éprouvé, s'est contenté d'exposer son état pathétique au Seigneur, alors qu'il traversait la phase la plus pénible de ses épreuves: «Et Job (Ayyûb), quand il en appela à son Seigneur: "Le mal m'a touché, vraiment! Cependant, Tu es le plus Miséricordieux des miséricordieux!" Nous lui répondîmes, alors, et lui déblayâmes le mal qu'il avait, et lui apportâmes sa propre famille, et une en plus, semblable, à titre de miséricorde de Notre part, et de rappel aux adorateurs». (Sourate al-Anbiyâ', 21: 83-84).

Ainsi, comme on peut le constater, les propos que le Coran prête à Ayyûb ne comportent pas de prière de demande; cependant, Allah nous dit: «Nous lui répondîmes, alors, et lui déblayâmes le mal qu'il avait», comme si l'exposition du besoin et du manque équivalait au do'â'.

2- Thu-l-Nûn (p)(67), un autre adorateur dévoué expose son besoin et son malheur à Allah, alors qu'il se trouvait dans les ténèbres du ventre d'une baleine: «Et Thû-l-Nûn (Jonas) quand il partit, irrité. Il pensa que Nous n'allions pas l'éprouver. Puis, il fit, dans les ténèbres, l'appel que voici:"Pas de divinité, à part Toi! Gloire à Toi! J'ai été vraiment du nombre des injustes". Nous l'exauçâmes et le sauvâmes de son angoisse. Et c'est ainsi que Nous sauvons les croyants». (Sourate al-Anbiyâ', 21: 87-88).

Là encore l'exaucement n'est pas une suite donnée à une demande, mais à un besoin et une angoisse exprimés, car Thû-l-Nûn n'avait présenté aucune requête, se bornant à dire à l'adresse d'Allah: «Gloire à Toi! J'ai été vraiment du nombre des injustes», lorsqu'Allah l'exauça et le délivra de ses soucis: «Nous l'exauçâmes et le sauvâmes de son angoisse».

3- Un autre exemple est l'histoire du Prophète Mûsâ (p) et de son frère Hârûn lorsqu'Allah leur demanda de porter Son message à Pharaon: «Allez chez Pharaon, il est rebelle; adressez-lui des paroles courtoises; peut-être réfléchira-t-il, ou éprouvera-t-il de la crainte? Tous deux dirent: "Notre Seigneur! Nous craignons qu'il ne l'emporte sur nous ou qu'il ne se montre rebelle».(68)

Les deux frères n'ont pas demandé à Allah de les protéger contre Pharaon et sa clique, ni de leur assurer la sécurité dont ils ont besoin. Ils se sont contentés d'évoquer leur faiblesse et leur crainte de la puissance et de la terreur de Pharaon: «Notre Seigneur! Nous craignons qu'il ne l'emporte sur nous ou qu'il ne se montre rebelle». Pourtant Allah a pourvu à leur besoin de protection, de soutien et d'appui: «Allah dit: "Ne craignez rien, oui Je suis avec vous; J'entends et Je vois».(69)

4- Le Prophète Nûh (Noé) exprima devant Allah son désir de sauver son fils du déluge: «Noé invoqua son Seigneur en disant: "Mon Seigneur! Mon fils appartient à ma famille. Ta promesse est sûrement la Vérité; Tu es le plus juste des juges».(70)

Notons qu'ici Noé ne demande pas au Seigneur qu'Il sauve son fils, mais s'est limité à lui faire part de son besoin de le sauver du naufrage.

Dans l'hagiographie des Prophètes, on rencontre un exemple où l'exaucement est le résultat du concours de trois facteurs, ou l'effet de trois causes conjuguées: 1- le besoin (manque inconscient); 2- la demande ou la requête (manque conscient); 3- l'effort, le mouvement et l'action. Il s'agit de l'histoire du nourrisson Ismâ'îl (p) et de sa mère lorsqu'ils furent amenés par le Prophète Ibrâhîm (p) dans une vallée aride, sur ordre d'Allah. Une fois sur place, Ibrâhîm (p) les laissa là et les confia à la protection d'Allah en disant: «Ô Seigneur, j'ai établi une partie de ma descendance dans une vallée sans agriculture, près de Ta Maison sacrée (la Ka'bah), - ô notre Seigneur - afin qu'ils accomplissent la Çalât».(71)

Lorsque l'eau laissée par Ibrâhîm (p) fut épuisée, le nourrisson Ismâ'îl, assoiffé, se mit à crier, à agiter les pieds et les mains, tandis que sa mère Hâger s'efforçait de chercher de l'eau en faisant le va-et-vient entre les monticules, Çafâ et Marwah, montant alternativement sur l'une et sur l'autre pour jeter un regard scrutateur sur le désert dans l'espoir de découvrir une source (c'est ce qu'on appelle, le sa'y = effort, une autre cause ou motif de la descente de la Miséricorde), tout en implorant Allah de lui trouver cette denrée rare qu'est l'eau dans cet endroit isolé et désertique (et c'est là la demande ou la prière de demande (le manque conscient). Après quoi, Allah répondit au besoin et au manque du nourrisson, aux efforts et au mouvement de la mère, à sa demande et sa prière, en faisant jaillir de la terre, aux pieds de l'enfant une source abondante (à l'endroit dit ZamZam aujourd'hui). En voyant le miracle, la mère descendit du monticule précipitamment pour abreuver son nourrisson et se mit à amasser de la terre pour la disposer en remblai autour de la source dans le but d'empêcher l'eau de se dissiper, tout en répétant le mot zam zam.

Cette scène que les pèlerins rejouent chaque année en commémoration de cet événement historique hautement symbolique constitue l'une des plus belles scènes de la relation du serviteur avec le Créateur, relation fondée sur trois points de départ:

1- Le besoin et le manque

2- L'effort et le mouvement

3- La prière de demande (do'â') et la sollicitation ou la requête.


Le deuxième moyen: la prière de demande et la sollicitation

Revenons aux moyens que l'Imam al-Sajjâd présente pour s'attirer la Miséricorde d'Allah pour rappeler que le premier de ces moyens est "son besoin et son manque", le second en est "le do'â'", lequel constitue l'une des principales clés de la Miséricorde". En effet Allah dit: «Appelez-Moi, Je vous répondrai». (Sourate Ghâfir, 40: 60) et: «Mon Seigneur ne se souciera pas de vous sans votre do'â'». (Sourate al-Furqân, 25: 77).

Le troisième moyen: l'amour

Le serviteur attire la Miséricorde d'Allah par l'amour plus que par n'importe quel autre moyen.

Maintenant examinons les détails de ces trois moyens dans les munâjât de l'Imam al-Sajjâd (p):

1- «Ton agrément est mon désir, Te voir est mon besoin, Tu possèdes le remède de ma maladie, l'apaisement de ma passion, le soulagement de ma souffrance, la dissipation de mon affliction».

Ce sont là les composants du moyen de "besoin-manque".

2- «Ton voisinage est l'objet de ma sollicitation, Ta proximité est le but de ma demande. Sois donc mon compagnon dans ma solitude, le conjurateur de mon trébuchement, le pardonneur de mon faux pas, l'acceptant de mon repentir, l'exauçant de ma prière, le tuteur de ma protection, le pourvoyeur de mon besoin».

Le moyen ici est "le do'â'".

3- «C'est Toi, à l'exclusion de tout autre, que je veux, et c'est pour Toi, à l'exclusion de tout autre, ma veille et mon insomnie! Ta rencontre est la prunelle de mes yeux, Ton lien avec moi est mon âme! Mon désir c'est Toi, ma passion c'est Ton amour».

Et là, c'est le moyen de "l'amour".

Méditons à présent sur cette séquence des paroles d'al-Sajjâd (p), qui constitue un vrai et un merveilleux chef-d'oeuvre du genre, car le do'â', tout comme l'art et la littérature possède des chefs-d'oeuvre:

«Ma pensée s'est coupée de tout pour se concentrer sur Toi et mon désir s'est éloigné de tout pour se diriger vers Toi, car c'est Toi à l'exclusion de tout autre que je veux, et c'est pour Toi, à l'exclusion de tout autre, ma veille et mon insomnie, Ta rencontre est la prunelle de mes yeux etc.».

Ici nous avons traduit littéralement cette séquence de munâjât dont nous avions présenté un long passage dans la première partie de notre livre, pour mieux faire ressortir des nuances très significatives dans les expressions employées par l'Imam. Car al-Sajjâd (p) ne dit pas «ma pensée s'est concentrée sur Toi» - puisque la concentration de la pensée sur Allah n'exclut pas la possibilité de la concentration sur un autre, quand bien même le serviteur concentre sincèrement sa pensée sur le Miséricordieux -, mais «ma pensée s'est coupée de tout pour se concentrer sur Toi». Il y a donc dans la relation de l'Imam avec Allah une coupure avec tout ce qui n'est pas Allah, et une concentration exclusive sur Lui. Et dans tout amour sincère il y a "séparation" et "attachement": séparation ou rupture avec tout sauf Allah, est un attachement à Allah, à tout ce qu'Il aime et à tout ce qu'Il ordonne, en un mot, une rupture avec les créatures en vue d'un attachement exclusif au Créateur.

Il en va de même pour la seconde phrase: «mon désir s'est éloigné de tout pour se diriger vers Toi». La relation avec Allah comporte ici également, un "éloignement" de tout ce qui n'est pas Lui, le mouvement exclusif vers Allah, vers tout ce qu'Il aime et vers tout ce qu'Il ordonne.

Puis la troisième phrase vient confirmer d'une façon on ne peut plus éloquente cette vérité de l'amour sincère comportant deux volets, un attachement exclusif à Allah et une rupture totale avec tout ce qui n'est Lui: «car c'est Toi, à l'exclusion de tout autre, que je veux, et c'est pour Toi, à l'exclusion de tout autre, ma veille et mon insomnie».

"Veille" et "insomnie" sont deux contraires du sommeil, mais le premier, "la veille", consiste à veiller dans un état de "plaisir", alors que le second, "l'insomnie" exprime un état dans lequel quelqu'un est privé du sommeil à cause des soucis et des préoccupations, en l'occurrence la nostalgie et le désir d'Allah. Ils représentent donc deux des états de l'amour d'Allah: "le désir et le plaisir", le plaisir du souvenir d'Allah et de Sa présence auprès du serviteur, lorsque celui-ci se plonge dans les prières, le do'â' et les invocations, d'une part, et le désir de Le rencontrer, d'autre part. L'aimant ou l'amoureux éprouve les deux états (le plaisir et le désir) lorsqu'il s'élève et se présente, recueilli, devant le Créateur, et tous les deux lui ôtent le sommeil et lui causent l'insomnie, pendant que les gens dorment profondément et se reposent tranquillement, totalement inconscients.

Le sommeil est évidemment un besoin que tout le monde satisfait, aussi bien les bons serviteurs que les méchants. Même les Prophètes et les véridiques dorment. Mais il y a une grande différence entre quelqu'un ne dort que le temps nécessaire pour satisfaire son strict besoin de sommeil, tout comme il ne mange et ne boit que le strict nécessaire pour le besoin de son organisme, et un autre qui se livre totalement au sommeil et se laisse sous son emprise.

Les serviteurs dévoués d'Allah ne se rendent pas au sommeil. Ils ne dorment que le laps de temps nécessaire pour leur organisme. Le Prophète (P) par exemple ne dormait que très peu et se réveillait après chaque petit somme pour s'adonner aux prières et aux invocations. Il ordonnait que l'on déposât près de sa tête de l'eau pour faire le wudhû' (ablution) lorsqu'il se réveillait après chaque court sommeil. Lorsqu'on lui étalait un lit doux et confortable, il ordonnait que l'on l'enlève, de crainte que le confort ne suscite en lui l'envie de se laisser dominer par le sommeil. Il préférait dormir sur une natte rude qui l'empêche de se livrer à un sommeil profond.

En fait Allah a accordé une place particulière à la nuit, aux invocations et aux munâjât nocturnes, place différente de celle attachée aux actes d'adoration diurnes. De même que le jour a ses hommes, la nuit a ses hommes aussi: ils se lèvent lorsque les gens dorment, et s'activent et se dirigent vers Allah, lorsque les autres se relaxent et s'allongent sur leurs lits douillets, avant de plonger dans un sommeil de plomb.

La nuit a son monde comme le jour a le sien. Le monde nocturne a ses trésors comme le monde diurne a les siens. Mais si tout le monde connaît le monde diurne, ses hommes et ses trésors, peu de gens connaissent la valeur du monde nocturne, de ses hommes et de ses trésors.

Lorsque l'homme exploite aussi bien les ressources de la nuit que celles du jour, il devient mûr, sain et équilibré. Ainsi le Noble Prophète était à la fois un homme de nuit et l'homme de jour. Il puisait dans celle-là et celui-ci d'une façon équilibrée. De la nuit il épuisait les ressources de l'amour, du dévouement et de l'invocation (d'Allah), et du jour il s''Alîmentait des sources de la force, du pouvoir et des finances, afin mener à bien l'Appel à l'Islam et l'asseoir sur une base solide. La veille et les prières de la nuit l'aidaient à supporter la lourde charge du Message. Allah, s'adressant au Prophète (P) dit à ce sujet:

«Ô toi qui es enveloppé de vêtements! Lève-toi pour prier la nuit, excepté une petite partie; sa moitié ou un peu moins; ou un peu plus. Et récite le Coran, lentement et clairement. Nous allons te révéler des paroles très importantes. La prière pendant la nuit est plus efficace et plus propice pour la récitation. Tu as, dans la journée, à vaquer à de longues occupations».(72)

Dans un hadith qudsî (divin) révélé à l'un des véridiques (çiddîqîn), à propos des prières pendant la nuit Allah dit:

«J'ai des serviteurs qui M'aiment et que J'aime, qui Me désirent et que Je désire, qui M'invoquent et dont Je me souviens, qui Me regardent et que Je regarde. Si tu suis leur voie, ils t'aimeront, et si tu te détournes d'eux, ils te détesteront».

- À quoi peut-on les reconnaître?, demanda le véridique. Allah dit:

«Ils surveillent les ombres pendant le jour comme le berger surveille ses moutons, et ils désirent (recherchent) le coucher du soleil, comme l'oiseau désire son nid au crépuscule. Lorsque la nuit tombe, que l'obscurité se répand, que les tapis sont étalés et les lits faits, et que chaque bien-aimé se retire auprès de son bien-aimé, ils dressent leurs pieds pour Moi, dirigent leurs faces vers Moi, monologuent avec Moi en récitant Ma Parole (...), les uns en pleurant, d'autres en criant, d'autres en soupirant, d'autres en poussant des complaintes; les uns en position assise, d'autres en position debout, d'autres en état d'agenouillement, d'autres prosternés. Je vois ce qu'ils endurent pour Moi et J'entends ce dont ils se plaignent. Mon premier don pour eux consiste en trois choses:

1- Je projette des rayons de Ma Lumière dans leurs coeurs, et de ce fait, ils sauront de Moi, ce que Je sais d'eux;

2- Si les cieux et la terre étaient mis dans leurs balances, Je les trouverai insuffisants pour eux;

3- Je dirige Ma Face vers eux. Et, crois-tu que quelqu'un soit capable de savoir ce que Je vais donner à celui vers lequel Je dirige Ma Face?»

On rapporte de l'Imam al-Bâqer (p) qu'Allah avait révélé au Prophète Mûsâ Ibn 'Imrân (p):

«Aura menti quiconque dit qu'il M'aime tout en Me délaissant pour dormir à la tombée de la nuit. Ô Ibn 'Imrân! Si tu voyais ceux qui veillent pendant l'obscurité alors que Mon souffle se représente devant leurs yeux. Ils s'adressent à Moi, alors que Je suis hors de la vue, et ils Me parlent, alors que Je suis au-dessus de la présence! Ô Ibn 'Imrân! Verse pour Moi tes larmes et montre-Moi le recueillement de ton coeur, puis prie-Moi pendant l'obscurité de la nuit, tu Me trouveras tout près de toi, répondant (à ton appel ou ta prière)!».

Dans son prône à propos des pieux, l'Imam 'Alî (p) décrit l'état de ces serviteurs dévoués lorsque la nuit tombe et qu'ils se présentent devant Allah en Lui adressant leurs monologues:

«La nuit, ils mettent en rang leurs pieds pour réciter le Coran lentement et clairement. Ils s'en servent pour se réconforter et rendre efficace le remède de leurs maux. Lorsqu'ils rencontrent un verset qui comporte un intéressement, ils s'y fient par espérance, y aspirent avec désir, et croient que cela est à la portée de leur vue. En revanche, lorsqu'ils passent par un verset qui inspire la crainte, ils l'écoutent avec l'ouïe de leurs coeurs, et ont l'impression que l'inspiration et l'expiration de l'enfer frappent le fond de leurs oreilles. Aussi courbent-ils leurs bustes, et posent-ils leurs fronts, les paumes de leurs mains, leurs genoux et les bouts de leurs pieds sur le sol en demandant à Allah de leur accorder le salut. Tandis que le jour, ils sont indulgents, savants, purs et pieux. Ils sont démaigris par la crainte révérencielle, comme les flèches. Lorsqu'on les voit, on dirait qu'ils sont malades; mais constatant qu'ils ne le sont pas, on se dit: ils sont obsédés (par la crainte d'Allah)».(73)


D'autres figures du désir d'Allah dans les Munâjât de l'Imam al-Sajjâd (p)

«Ô mon Dieu! Fais que je sois au nombre de ceux dont les arbres de Ton désir se sont enracinés dans les jardins de leurs poitrines, dont le chagrin de Ton amour a envahi leurs coeurs, ceux qui se réfugient dans les gîtes de la pensée, qui se nourrissent à satiété dans les jardins de la Proximité et du dévoilement, qui s'abreuvent dans les bassins de l'amour avec des coupes de plaisir (...) ceux devant les yeux intérieurs desquels le voile a été enlevé, ceux dont les croyances et les consciences se sont débarrassés de l'obscurité du doute, (...) ceux des coeurs et des fors intérieurs desquels le tourment de l'incertitude a disparu, ceux dont les poitrines se sont élargies par l'accession à la connaissance (...) ceux qui se sont rassurés de leur retour vers le Seigneur, ceux dont les âmes se sont assuré l'obtention de la victoire et du succès, ceux qui ont trouvé la consolation en regardant leur Bien-Aimé (...) ceux qui ont réalisé un commerce rentable en troquant la vie d'ici-bas contre la Vie éternelle...

Ô mon Dieu! Quels délices pour les coeurs que Tu inspires! Que c'est beau que d'avoir l'illusion de marcher vers Toi sur les sentiers du mystère! Que c'est délicieux la saveur de Ton amour! Que c'est agréable le boire de Ta proximité! Épargne-nous donc l'expulsion et l'éloignement de Ton voisinage! Place-nous parmi les plus intimes de ceux qui Te connaissent, les plus pieux de Tes serviteurs, les plus sincères de ceux qui T'obéissent, et les plus dévoués de ceux qui T'adorent!».

Il n'est pas question ici de nous écarter de notre sujet pour commenter ce merveilleux munâjât dont la beauté, l'éloquence et le style pittoresque se passent de commentaire. Toutefois, il est important de nous attarder un peu sur la première séquence du munâjât de l'Imam: «Ô mon Dieu! Fais que je sois au nombre de ceux dont les arbres de Ton désir se sont enracinés dans les jardins de leurs poitrines et dont le chagrin de Ton amour a envahi leurs coeurs!».

L'image qui ressort de la parole de l'Imam al-Sajjâd (p) présente les poitrines ou les coeurs des amis d'Allah comme des jardins joyeux et pleins de bons fruits, et laisse entendre que ces poitrines revêtent différentes formes:

Certaines poitrines sont des bureaux et des écoles d'apprentissage du savoir. Or, le savoir est une bonne chose et une lumière, mais à condition que la poitrine qui le contient demeure un jardin du désir d'Allah.

Certaines autres poitrines sont des fonds de commerce, des banques et des places boursières, pleins de chiffres, de statistiques et de bilans. L'argent et le commerce n'ont rien de répréhensible, bien au contraire, mais à condition qu'ils ne deviennent la préoccupation première et le souci principal du coeur.

D'autres poitrines se présentent comme des terrains salins où poussent les épines et les coloquintes, les poisons et les haines, la lutte pour le pouvoir et l'argent, les complots et les intrigues.

D'autres poitrines encore constituent des terrains de jeux et des lieux de distraction. Rien d'étonnant, car pour une grande partie des gens, la vie est jeux et distractions.

Enfin, il y a des gens dont la poitrine se scinde en deux parties: une partie est occupée aux venins, aux haines, aux intrigues et aux complots; et l'autre, aux distractions et aux jeux. Si la première partie venait à leur causer des soucis et des ennuis qui bradent leur quiétude et troublent leur stabilité, ils se réfugient dans l'autre partie et recourent aux distractions pour se soustraire aux tourments de la première partie.

Quant aux poitrines des amis d'Allah, se sont des jardins de joie et de bons fruits, comme le dit l'Imam al-Sajjâd (p). Des jardins dans lesquels les arbres du désir d'Allah sont plantés solidement et dont les racines se sont enfoncées profondément. Le désir d'Allah n'y est pas un élément accidentel, passager, susceptible d'être emporté par le premier vent que l'attrait, les artifices ou le sourire de la vie d'ici-bas pourrait faire se lever. C'est un désir qui ne s'émousse pas, et ses feuilles ne se fanent pas lorsque le serviteur qui l'éprouve venait à sombrer sous une accumulation d'épreuves et de malheurs, car les arbres d'un tel désir, lorsqu'ils sont bien enracinés dans la poitrine, demeurent verts et feuillés, et continuent à porter leurs fruits malgré toutes les intempéries.

L'état de désir est un état d'allégement et de vivacité, contraire à l'état de pesanteur de ceux qui sont attachés aux artifices de ce bas-monde, comme nous les décrit le Coran:

«Qu'avez-vous? Lorsqu'on vous dit: "Élancez-vous dans le Chemin de Dieu", vous vous appesantissez sur la terre. Préférez-vous la vie de ce monde à la vie future?»(74)

En effet l'âme se relâche et éprouve des pesanteurs à mesure qu'elle s'attache et s'accroche à ce monde. Mais lorsque le serviteur se détache et se libère(75) de la vie d'ici-bas et de ses chaînes, il se sent soulagé du poids de ce monde, et dès lors l'amour et le désir d'Allah l'attirent plus facilement.

Arrêtons ici notre exposé sur les images de l'amour, du désir et du plaisir dans les do'â' des Imams d'Ahl-ul-Bayt (p), pour poursuivre les autres aspects de l'amour divin.


L'unicité de l'amour divin (Les caractéris-tiques de l'amour)

Lorsque nous passons en revue les textes du Coran et de la Sunnah sur l'amour divin, nous remarquons qu'ils fixent trois critères à ce sujet :

1- La primauté de l'amour divin

Il faut que le croyant aime Allah plus que tout autre et plus que tout, et que le pouvoir de cet amour domine tout dans son coeur, car Allah dit:

«Dis: "Si vos pères, vos fils, vos frères, vos clans, les biens que vous avez acquis, un négoce dont vous craignez le déclin, des demeures où vous vous plaisez, vous sont plus chers que Dieu et Son Messager et la lutte sur le Chemin d'Allah: attendez-vous à ce qu'Allah vienne avec Son Commandement". Allah ne dirige pas les gens pervers».(76)

Le Coran n'interdit pas l'amour des parents, des enfants, des frères, des soeurs, des conjoints, de la tribu etc. tant qu'ils ne sont pas hostiles à Allah et à Son Prophète. Il n'interdit pas non plus l'amour des biens, du commerce, des maisons etc. tant qu'ils ne sont pas illégaux, puisqu'Allah dit:

«On a enjolivé aux gens l'amour des choses qu'ils désirent: femmes, enfants, trésors thésaurisés d'or et d'argent, chevaux marqués, bétail et champs».(77)

Ce qu'il interdit, c'est que cet amour soit plus fort que l'amour d'Allah, de Son Prophète et du combat sur Son Chemin. Le Coran dit encore:

«Certains hommes prennent des associés en dehors d'Allah; mais les croyants sont les plus zélés dans l'amour d'Allah».(78)

Ce troisième verset complète le premier, pour insister sur le fait que l'amour d'Allah doit l'emporter sur tout autre amour, puisque dans le premier verset Allah condamne ceux qui aiment quelqu'un d'autre plus que Lui, et dans le troisième, Il fustige ceux qui aiment quelqu'un d'autre que Lui autant que Lui.

Selon l'Imam al-Sâdiq (p): «On n'aura pas une foi pure et sincère en Allah, tant qu'on ne L'aura pas aimé plus que soi-même, son père, sa mère, ses enfants, sa famille, ses biens et tout le monde».(79)

L'emprise de l'amour divin sur le coeur du croyant n'est pas une question théorique, dissociée de l'ensemble des activités de sa vie, de sa conduite et de ses relations. L'amour divin a ses exigences, ses nécessités et ses conséquences: s'il en est dissocié, ce ne serait pas un amour sincère. En d'autres termes, il ne suffit pas de dire ou de croire que l'amour d'Allah habite dans nos coeurs; il faut que nos actes le démontrent. Le Coran dit:

«Dis: "Si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi, Allah vous aimera alors...».(80)

Lorsqu'un autre amour habite le coeur du croyant et que les exigences et les impératifs de cet amour s'opposent à ceux de l'amour d'Allah, c'est l'amour d'Allah qui doit l'emporter, avoir le dernier mot et être le plus agissant. Là seulement, le croyant peut croire à la sincérité de son amour d'Allah.

Les textes islamiques abondent en ce sens et insistent sur la nécessité de la prééminence de l'amour divin dans le coeur du croyant. Ainsi, le Prophète(P) dit:

«Ô mon Dieu! Je sollicite auprès de Toi Ton amour et l'amour de ceux qui T'aiment, et le moyen (l'action) qui me guide vers Ton amour. Ô mon Dieu! Fais que Ton amour soit plus aimé de moi que moi-même et ma famille».(81)

Et:

«Ô mon Dieu! Fais que je T'aime plus que toute autre chose, et que je Te craigne plus que toute autre chose! Coupe de moi les besoins de ce monde par le désir de Ta rencontre! Si Tu as consolé les gens attachés à ce monde avec ce qu'ils en désirent, console-moi avec Ton adoration!».(82)

2- Le gouvernement de l'amour d'Allah

Il faut que l'amour d'Allah gouverne la vie du croyant, ses relations et ses inclinations, de telle sorte qu'il devienne le gouverneur de son coeur, le moteur et le régulateur de ses sentiments et de ses sensations: il supprime dans le coeur du croyant tous sentiments d'amour et de haine qui ne concordent pas avec lui, et y fait naître et développer des types de sentiments d'amour et de haine qu'Allah approuve. Car comme il a été déjà dit: il n'est pas interdit que le croyant aime et déteste, et qu'il éprouve toutes sortes d'autres sentiments, mais il se doit d'orienter ses sentiments d'amour, de haine, de mécontentement et de satisfaction vers les endroits voulus ou agréés par Allah. Ainsi, un sentiment d'amour qui s'inscrit dans le prolongement de l'amour d'Allah, Allah le commande, et un sentiment d'amour qu'Allah n'interdit pas, l'Islam l'approuve. Le sentiment de haine envers les ennemis d'Allah, par exemple, Allah nous ordonne de le développer.

En bref, nous avons insisté jusqu'ici sur un premier point qui caractérise l'amour sincère d'Allah, à savoir que le croyant peut aimer pour lui-même, c'est-à-dire éprouver un amour qui n'est pas lié à l'amour d'Allah, mais à condition, que cet amour ne soit pas plus fort que son amour d'Allah. Le second point caractéristique de l'amour d'Allah sur lequel nous attirons l'attention ici, est que le croyant peut aimer ce qu'il veut, mais à condition que cet amour ne soit en opposition ou en contradiction avec l'amour d'Allah. Le Coran dit à ce propos:

«Ô vous qui croyez! Ne prenez pas pour amis vos pères et vos frères, s'ils préfèrent la mécréance à la Foi. Ceux d'entre vous qui les prendraient pour amis, seraient injustes».(83)

Ici, le Coran ne reproche pas à cette catégorie de croyants d'aimer leurs pères et frères plus qu'Allah, mais de les aimer malgré leur mécréance. Aussi Allah les a -t-Il mis en garde contre cet amour et cette amitié injustes, car comment peut-on aimer à la fois Allah et Ses ennemis, les mécréants!? Notons au passage, pour mieux saisir le sens de ce verset, qu'il a été révélé à propos de "Hâtib Ibn Balta'ah"(84) qui avait fait parvenir à son peuple mécréant une information faisant état de la marche du Prophète (P) sur leur région. Il ne fait pas de doute que ce personnage était un croyant, et que son amour des siens n'était pas plus fort que son amour d'Allah, mais il les aimait quand même, malgré leur hostilité affichée à Allah et à Son Messager (P).

Le coeur du croyant sincère ne saurait vibrer (palpiter) en même temps pour deux bien-aimés opposés: Allah et Ses ennemis. C'est seulement lorsque son coeur se sera dévoué à Allah et qu'il soumettra tous ses sentiments et toute son affectivité au contrôle d'Allah, qu'il sera libre d'aimer et de détester ce qu'il veut, mais toujours dans les limites des critères des enseignements islamiques.

Ainsi, si le croyant est sincère dans son amour d'Allah, il n'a pas à donner libre cours à ses sentiments, les débrider, et se laisser traîner par eux. Il ne doit pas non plus nouer des relations et des liens avec n'importe qui et n'importe comment. C'est l'amour d'Allah qui doit déterminer scrupuleusement ses relations et ses penchants. Les premiers Musulmans, n'hésitaient pas, lorsque le cas l'exigeait, à tuer leurs pères, leurs frères et leurs oncles mécréants qui menaçaient les adeptes de l'Islam. L'Imam 'Alî (p) dit à ce propos:

«Nous tuions, avec le Messager d'Allah, nos pères, nos fils, nos frères et nos oncles... Ceci ne faisait qu'augmenter notre Foi et notre soumission à Allah, notre détermination à poursuivre la route, notre endurance de la brûlure de la douleur, notre sérieux dans le combat contre l'ennemi (...). Et lorsqu'Allah a vu notre sincérité, Il a apporté l'humiliation à l'ennemi, et la victoire à nous, et ce jusqu'à ce que l'Islam fût établi».(85)

Ce hadith appelle deux commentaires:

1- La parole de l'Imam: «Ceci ne faisait qu'augmenter notre Foi et notre soumission à Allah», sous-tend une loi divine, à savoir "le rapport direct entre le sacrifice d'une part, la foi et l'amour de l'autre", ou en d'autres termes plus il y a souffrances et épreuves, plus la Foi et l'amour d'Allah se renforcent. Or, peu de gens sont au fait de cette loi, car la plupart d'entre eux croient généralement que c'est le contraire qui est vrai, c'est-à-dire qu'ils conçoivent un rapport inverse entre les deux termes de la proposition: les souffrances et les épreuves viennent à bout de la résistance et de la patience de l'homme et finissent par entamer sa foi et son amour d'Allah.

2- La corrélation étroite entre l'amour et l'amitié sincères d'une part, la victoire de l'autre: «Et lorsqu'Allah a vu notre sincérité, Il a apporté l'humiliation à l'ennemi, et la victoire à nous». C'est dire que la victoire n'est accordée que lorsqu'il y a sincérité dans l'adhésion du combattant à sa cause et à son combat. Or, ce qui vaut pour le champ de bataille vaut aussi pour le coeur: la sincérité et le dévouement dans l'amour qu'éprouve le croyant envers son Créateur. Le croyant ne sera sincère dans son amour d'Allah que lorsqu'il aura été capable de soumettre tous ses sentiments et ses relations au contrôle de son amour du Miséricordieux.


La carte de l'amour et de la haine

L'amour d'Allah dessine au croyant une carte très précise de ses relations, de ses connaissances, de ses ennemis et de ses amis. A partir de cette carte le croyant peut distinguer avec une parfaite précision ses amis de ses ennemis, les siens des étrangers.

C'est une carte étonnante: elle rapproche le lointain et éloigne le prochain, elle fait entrer un étranger dans une famille et en expulse un membre. Ainsi le fils de Noé est écarté de la famille de Noé et devient étranger à son père. Allah interdit à Noé de s'enquérir auprès de Lui du sort de son fils: «Noé invoqua son Seigneur en disant: "Mon Seigneur! Mon fils appartient à ma famille. Ta promesse est sûrement la Vérité; Tu es le plus juste des juges". Il répondit: "Ô Noé! Celui-là n'appartient pas à ta famille, car il a commis un acte infâme. Ne Me demande pas ce que tu ne connais pas»(86), alors que Salmân, le Persan entre dans la Famille du Prophète et devient Salmân, le Mohammadien, dont le Messager d'Allah dit: «Salmân fait partie de nous, les Ahl-ul-Bayt».(87)

À ce sujet al-Cheikh al-Mufîd rapporte le hadith suivant: «Un jour on évoqua les mérites de Salmân et de Ja'far al-Tayyâr (le frère de l'Imam 'Alî) en présence de l'Imam Ja'afar al-Sâdiq (p), qui était assis, adossé. Certains, parmi l'assistance, ont exprimé leur préférence pour le second (Ja'far al-Tayyâr) en rappelant que le premier (Salmân) avait été zoroastrien (adorateur du feu), converti à l'Islam. L'Imam Sâdiq redressa le buste et dit sur un ton de colère, à l'adresse de son compagnon Abû Baçîr: "Ô Abû Baçîr! Allah en a fait un Alawîte après qu'il eut été zoroastrien, et un Quraichite (la tribu du Prophète) après qu'il eut été persan. Que les prières d'Allah soient donc sur Salmân. Quant à Ja'far (al-Tayyâr), il occupe une haute position auprès d'Allah: il volera avec les Anges au Paradis"».(88)

Cette carte de l'amour et de la haine, des amis et des ennemis est différente de celles que les gens connaissent habituellement. Elle répartit et classe les gens dans deux fronts distincts: le front des amis, des partisans et des amoureux d'Allah, et le front des ennemis d'Allah, abstraction faite de la différence du degré respectif de l'amour ou de l'hostilité qui existe entre les gens de chacun des deux fronts.


Aimer pour Allah et détester pour Allah

Le croyant n'a pas une liberté absolue dans le choix de son amour et de ses inclinations. Il doit suivre minutieusement les lignes vertes et les lignes rouges de cette carte, dans ses sentiments, ses inclinations et ses relations, en aimant ce qu'Allah aime et lui ordonne d'aimer, et en désapprouvant ce qu'Allah désapprouve et lui demande de désapprouver. Il n'atteindra à l'essence de la Foi et ne sera pas sincère dans sa foi sans cet amour envers les amis et les amoureux d'Allah, et cette désapprobation des ennemis d'Allah. Il faut qu'il aime tous ceux qu'Allah aime, et qu'il déteste tous ceux qu'Allah déteste. Même le Noble Prophète (P), il ne doit l'aimer que par amour pour Allah et que parce qu'Allah l'aime. C'est ce que le Messager d'Allah, lui-même nous ordonne de faire: «Aimez Allah pour les bienfaits qu'Il vous prodigue, puis aimez-moi par amour pour Allah, et aimez mes Ahl-ul-Bayt (les Membres de ma Famille) par amour pour moi».(89)

De cette façon s'enchaîne, s'étend et se ramifie l'amour pour Allah pour comprendre et inclure tous les saints de l'Islam, tous les serviteurs pieux et tous les amis d'Allah, et de la même façon s'enchaîne le sentiment de haine, d'hostilité et de détestation envers les ennemis d'Allah, pour comprendre tous ceux qui font preuve d'inimitié envers Allah et Son Prophète, et tous ceux qu'Allah et Son Prophète détestent ou qui détestent Allah et Son Prophète.

Les quelques hadiths suivants montrent que les textes islamiques relatifs à l'amour d'Allah et la haine de ses ennemis, répartissent le champ de l'humanité en deux fronts symétriques: le front des amis et des intimes d'Allah, quel que soit le degré de leur amitié et de leur amour, d'une part, le front des ennemis d'Allah, quel que soit le degré de leur hostilité et de leur inimitié, de l'autre:

1- Le Messager d'Allah (P) dit à l'un de ses Compagnons: «Ô 'Abdullah! Aime pour Allah et déteste pour Allah, soit l'ami des amis d'Allah et l'ennemi des ennemis d'Allah, car on n'atteindra à l'amitié d'Allah que de cette façon; et sans cela personne ne goûtera la saveur de la foi, quel que soit le grand nombre de ses prières et de ses jours de jeûne».(90)

2- Al-Barqî rapporte dans "al-Mahâsin" le hadith suivant relaté par Abû Baçîr: «J'ai entendu Abû 'Abdullâh (l'Imam al-Sâdiq) dire: "Ceux qui s'aiment par amour pour Allah seront assis, le Jour du Jugement, sur des chaires de lumière. La lumière de leurs corps et de leurs chaires illuminent tellement tout autour d'eux, qu'on les reconnaît à ce signe et qu'on en dit: Voilà les gens qui s'aiment par amour pour Allah"».(91)

3- L'Imam al-Sâdiq (p) dit: «La plus solide des anses de la Foi consiste à aimer pour Allah, détester pour Allah, donner pour Allah, et se retenir pour Allah - le Très-Haut».(92)

4- Selon l'Imam al-Sâdiq (p): «Quiconque aime un mécréant, aura détesté Allah, et quiconque déteste un mécréant aura aimé Allah. (...) En fait, par Allah, l'ami de l'ennemi d'Allah est l'ennemi d'Allah».(93)

5- Selon l'Imam Abû Ja'far (p): «Allah a révélé à un Prophète: "Pour ce qui concerne ton ascétisme dans ce monde, il hâte pour toi le repos, et quant à ton attachement exclusif à Moi, il consolide ton lien avec Moi. Mais as-tu fait montre d'hostilité envers un ennemi à Moi, ou d'amitié envers un ami à Moi?"».(94)

6- Selon l'Imam al-Sâdiq (p): «Celui qui aime pour Allah, déteste pour Allah, donne par amour pour Allah, et se retient pour Allah, aura complété sa Foi».(95)

7- Selon l'Imam al-Sâdiq (p): «Le Messager d'Allah (P) demanda un jour à ses Compagnons: "Quelle est l'anse la plus solide de la Foi?". "Allah et Son Prophète le savent mieux que nous", répondirent certains. D'autres énumérèrent respectivement: la Prière, la Zakât, le Jeûne, le Hajj et la 'Omrah (Pèlerinage mineur), le Jihâd. Le Prophète (P) dit alors: "Tout ce que vous avez énuméré a ses mérites, mais ce n'est cela (la réponse). La plus solide anse de la Foi consiste à aimer pour Allah, détester pour Allah, être l'ami des amis d'Allah et rejeter et désapprouver les ennemis d'Allah».(96)

9- Selon l'Imam 'Alî Ibn al-Hussain al-Sajjâd (p): «Lorsqu'Allah rassemblera les premiers et les derniers (hommes de l'Humanité), un crieur se mettra à crier: "Où sont les combattants d'Allah?" Une partie des gens se lèveront, et il leur dira: "Allez au Paradis sans compte (jugement)". Lorsqu'ils se dirigeront vers le Paradis et qu'ils rencontreront les Anges, ceux-ci leur demanderont: "Où allez-vous?" Ils répondront: "Au Paradis, sans compte". "Et quelle sorte de gens êtes-vous?", leur demanderont encore les Anges. "Nous sommes les combattants d'Allah", diront-ils. "Et quelle a été votre action?", les interrogeront les Anges. "Nous aimions pour Allah et nous détestions pour Allah", affirmeront-ils. "Belle récompense pour une bonne action!", diront les Anges"».(97)

10- Selon l'Imam Abû Ja'far (p): «Si tu voulais savoir si tu es quelqu'un de bien, scrute alors ton coeur; s'il aime les gens qui obéissent à Allah et déteste les gens qui Lui désobéissent, sache que tu es quelqu'un de bien et qu'Allah t'aime, mais si tu constates qu'il déteste les gens obéissant à Allah et qu'il aime ceux qui Lui sont désobéissants, sache alors, qu'il n'y a rien de bien en toi et qu'Allah te déteste, car l'homme sera réuni avec celui qu'il aime».(98)

11- Selon l'Imam al-Sâdiq (p): «Quiconque ne suis pas (les enseignements de) la Religion dans l'amour et la haine, n'a pas de Religion».(99)

12- Le Prophète (P) dit: «Si deux serviteurs, l'un à l'est, l'autre à l'ouest, s'aimaient pour Allah, Il les réunira le Jour de la Résurrection».(100)

Et:

«La meilleure des bonnes actions consiste à aimer pour Allah et détester pour Allah».

Et (cité par Anas):

«Aimer pour Allah est une obligation tout comme détester pour Allah est une obligation».(101)

13- On rapporte qu'Allah demanda au Prophète Mûsâ (Moïse) (p):

«As-tu accompli une action pour Moi?

- Oui! J'ai prié pour Toi, j'ai jeûné pour Toi, j'ai fait l'aumône pour Toi, et j'ai fait les invocations pour Toi!

Allah - Il est Sublime - lui dit:

- Ta Prière est la preuve de ta soumission (à Allah), ton jeûne te conduira au Paradis, ton aumône te servira d'ombre, et tes invocations, de lumière! Alors, qu'est-ce que tu as fait pour Moi?

Mûsâ (p) demanda:

- Indique-moi une action qui serait pour Toi!

Allah lui dit:

- As-tu noué d'amitié avec un ami à Moi? T'es-tu jamais montré hostile à un ennemi à Moi?

Mûsâ (p) comprit alors que la meilleure des actions consiste à aimer pour Allah et détester pour Allah».(102)

3- Le gouvernement de l'amour pour Allah

Le croyant doit soumettre à l'autorité du principe de "l'amour pour Allah" tous ses liens, ses relations et les penchants de son coeur, exactement comme il les a soumis à l'autorité du principe de "l'amour d'Allah". Car là aussi, il n'est pas interdit en Islam à ce que le Musulman aime pour lui ce qu'il veut et désire (bien que le programme de l'éducation islamique tend et s'emploie à faire de "l'amour d'Allah" la source de tout amour dans la vie du croyant, au point de consacrer son coeur exclusivement à l'amour à Allah), mais à la condition que son amour personnel ne soit pas plus fort que l'amour d'Allah, d'une part, et qu'il s'abstienne d'aimer ce qu'Allah déteste et de détester ce qu'Allah aime, d'autre part. En outre, et c'est la troisième condition ou restriction, il doit s'abstenir de faire de son amour personnel (l'amour de soi) le critère ou l'arbitre de ses sentiments d'amour et de haine, en dehors des règles légales de l'amour et de la haine, et en opposition avec le principe de l'autorité de "l'amour pour Allah" qui doit être le juge des sentiments d'amour et de haine dans la vie du croyant. En bref, tout ce qui est "amour pour Allah" gouverne sur toutes les relations du croyant, et tout ce qui est "amour de soi" doit être gouverné par les règles de l'amour et de la haine en Islam.

Telle est la troisième différence entre "l'amour d'Allah" et "l'amour pour Allah" d'une part, "l'amour de soi" de l'autre. Telle est aussi la signification de l'autorité de "l'amour pour Allah" sur les relations sociales et les penchants du coeur du Musulman, tout comme l'autorité de "l'amour d'Allah" sur les sentiments d'amour et de haine dans la vie du croyant.

Cette autorité de "l'amour pour Allah" sur les relations et les penchants du croyant s'exerce de deux façons:

1- L'autorité de "l'amour pour Allah" doit s'exercer positivement et négativement, en émettant un jugement négatif contre tout ce qui ne concorde pas avec "l'amour pour Allah", et un jugement positif qui approuve et confirme tout ce que requiert et commande "l'amour pour Allah".

En effet "l'amour pour Allah", tout comme "l'amour d'Allah", appelle d'autres sentiments d'amour et de haine, et le Musulman ne sera sincère dans son amour pour Allah que lorsqu'il en aura fait le juge et l'autorité dans toutes ses relations et penchants, et qu'il aura accepté de se conformer à tous les sentiments d'amour et de haine qui découlent de cette autorité, car les prolongements et les ramifications de l'amour pour Allah dans les relations de l'homme, ses rapports et les penchants de son coeur sont illimités. Et du moment où le croyant accepte "l'amour pour Allah", il n'aura d'autre choix que de suivre les sentiments d'amour et de haine qui en découlent, quelque étendue que soit la chaîne de relations sociales et familiales, impliquée.

Sans doute le célèbre Hadith du Prophète, rapporté aussi bien par les sources chiites que sunnites, et décrétant l'obligation faite aux Musulmans d'aimer les Ahl-ul-Bayt, subséquemment à leur obligation d'aimer Allah, pour Ses bienfaits, et d'aimer le Prophète par amour pour Allah constitue la meilleure illustration de l'autorité du principe de "l'amour pour Allah" sur tous les sentiments et les relations du Musulman, et de l'enchaînement des obligations, en matière de sentiments d'amour, d'amitié et de haine que suscite ce premier maillon d'une longue chaîne d'obligation, qu'est "l'amour pour Allah. Voici le texte dudit Hadith, tel qu'il est rapporté par le célèbre Compagnon, Ibn 'Abbas qui témoigne: Le Messager d'Allah (P) dit:

«Aimez Allah pour les bienfaits dont Il vous nourrit, aimez-moi par amour pour Allah, et aimez mes Ahl-ul-Bayt (Ahlu baytî =les gens de ma maison) par amour pour moi».(103)

Nous avons déjà expliqué que le principe de l'autorité de "l'amour pour Allah", tout comme celui de l'autorité de "l'amour d'Allah", entraîne l'obligation d'une attitude positive et d'une attitude négative de la part du croyant dans ses relations et ses sentiments. Attitude positive, le croyant doit aimer, par amour pour Allah, tout ce qu'Allah aime et ordonne d'aimer; attitude négative, il doit détester tout ce qu'Allah déteste ou ordonne de détester. En fait, cette attitude négative est une question de principe dans la vie du musulman, bien qu'elle puisse lui coûter cher et entraîner la haine, la rancune et même la guerre, parfois. Cependant, sans cette attitude négative, le croyant ne sera pas sincère dans son amour pour Allah. Car cet amour serait chose facile, s'il n'entraînait pas de telles conséquences sur la vie du croyant, sur ses relations, ses penchants et ses rapports, et s'il ne requérait pas de tels sacrifices dans ses relations, ses sentiments et inclinations personnels.

Le Hadith que nous venons de citer illustrait surtout l'attitude positive que l'amour pour Allah entraîne. Nous allons à présent citer quelques hadiths qui illustrent l'attitude négative que le croyant se doit d'adopter vis-à-vis des ennemis d'Allah par application du principe de l'autorité de "l'amour pour Allah":

- Selon Zayd Ibn Arqam, le Prophète (P) dit à 'Alî, Fâtimah, al-Hassan et al-Hussain: «Je suis en guerre contre quiconque est en guerre contre vous, et en paix avec quiconque est en paix avec vous».(104)

- Barâ' Ibn al-'Âzib, rapportant le Hadith al-Ghadîr, témoigne: Le Prophète (P) a tenu la main de 'Alî et dit:

«De quiconque je suis le Maître, 'Alî que voici en est le Maître (aussi). Ô Allah! Sois l'ami de quiconque est son ami, et l'ennemi de quiconque est son ennemi».(105)

- Selon une version légèrement nuancée du même Hadith, rapportée par Zayd Ibn al-Arqam, le Prophète (P) dit:

«Ne savez-vous pas que je suis plus responsable de tout croyant que lui-même?» Ils (les gens présents) répondirent: "Si!". (Le Prophète dit alors): «Alors, de quiconque je suis le Maître, 'Alî en est le Maître. Ô Mon Dieu, sois l'ennemi de quiconque est son ennemi, et l'ami de quiconque est son ami».(106)

Ainsi, "l'amour pour Allah" constitue donc un axe gouvernant la vie du croyant. Il entraîne l'obligation d'aimer et de détester, d'être ami ou ennemi.

Beaucoup de textes de ziyârah (visite pieuse) rapportés par les Imams d'Ahl-ul-Bayt confirment cette vérité. Ainsi dans la ziyârah du Maître des martyrs, l'Imam al-Hussain, les pèlerins proclament: «Avec vous, toujours avec vous! Jamais avec votre ennemi». Car l'amour de l'Imam al-Hussain (p), un membre éminent des Ahl-ul-Bayt, rendu obligatoire par le principe de l'autorité de l'amour d'Allah et des obligations subséquentes (l'amour pour Allah amour du Prophète amour des Ahl-ul-Bayt), requiert le rejet de ses ennemis et la rupture avec ses adversaires et détracteurs. Sans quoi, sans cette rupture et ce rejet, ledit amour ne revêt pas sa valeur réelle.

Telle est en résumé, la première façon dont s'exerce l'autorité de l'amour pour Allah: elle commande au croyant d'adopter une attitude positive (envers les Amis d'Allah) et une attitude négative (contre les ennemis d'Allah).

2- La seconde obligation qu'entraîne le principe de l'autorité de "l'amour pour Allah", est que le croyant doit appliquer ce principe aux degrés de l'amour et de la préférence, en donnant la priorité d'un type d'amour sur un autre, et la préférence à une chose sur une autre. Ainsi lorsqu'il y a concurrence des penchants, des relations et des inclinations du coeur, il doit donner la priorité au sentiment ou à la relation qui satisfait Allah sur celui ou celle qui le satisfait lui-même, et ce dans le cadre des règles de la Loi islamique, relative à la nécessité de donner la priorité du plus important sur l'important.

Selon Abû Hurayrah, le Prophète (P) dit: «Par Celui Qui dispose de mon âme, aucun de vous n'aura cru jusqu'à ce que je sois plus aimé de lui que ses biens et ses enfants».(107)

Le même Hadith a été rapporté par Muslim selon une version nuancée: «Aucun serviteur n'aura cru jusqu'à ce que je sois plus aimé de lui que sa famille, ses biens et tout le monde».(108)

Selon Târiq Ibn Laylâ al-Ançârî, le Prophète dit: «Le serviteur d'Allah n'aura pas cru jusqu'à ce que je sois plus aimé de lui que lui-même, que ma progéniture soit plus aimé de lui que sa propre progéniture, et que ma famille soit plus aimée de lui que sa propre famille».(109)

Ainsi "l'amour pour Allah" diffère de "l'amour pour soi" islamiquement légitime en ceci que ce dernier est toujours gouverné par le premier. Par exemple, l'amour de la famille et de la patrie est islamiquement permis, tant qu'il reste dans le cadre que l'Islam autorise, mais cet amour ne constitue pas un axe gouvernant ou une autorité sur les relations sociales ou les attachements du coeur du croyant, il est au contraire gouverné par les règles de "l'amour pour Allah" et de "l'amour d'Allah", ce qui veut dire que le croyant n'a pas le droit de suivre son amour de la patrie ou de la famille dans toutes ses exigences et ses conséquences inconditionnellement, ou en d'autres termes, il ne lui est pas permis d'aimer ceux de sa famille ou de ses concitoyens qui soient des ennemis d'Allah et de Son Prophète (P). Car la règle de "l'amour pour Allah" lui impose d'aimer les croyants qui ne font pas partie de sa patrie et de sa famille, et de détester et combattre, au sein même de sa famille et de sa patrie, ceux qui sont des ennemis d'Allah et de Son Prophète.

Lorsqu'on a demandé à l'Imam 'Alî Ibn al-Hussain (p), ce que signifie "l'esprit du corps" ou la solidarité familiale ou tribale ('açabiyyah), il répondit: «L'esprit du corps condamné (par l'Islam) consiste à considérer les méchants de son peuple comme étant meilleurs que les gens pieux d'un autre peuple. Aimer son peuple ne signifie pas esprit du corps, car l'esprit du corps c'est aider ou soutenir son peuple dans l'injustice».(110)

Quant à l'amour de la Ummah, étant donné qu'il découle du principe de l'autorité de "l'amour d'Allah", il a autorité à son tour sur tout ce qui en découle, et implique que le croyant aime obligatoirement tous les Musulmans (qui composent la Ummah), aussi bien ceux appartenant à son peuple et sa patrie que ceux qui n'en font pas partie (mais qui appartiennent à la Ummah), et qu'il combatte obligatoirement tous les ennemis d'Allah et tous les agresseurs, aussi bien, ceux faisant partie de son peuple et de sa patrie, que ceux qui appartiennent à un autre peuple et à une autre patrie.

Par conséquent, le premier amour, "l'amour de la patrie et du peuple ou de la tribu, de la famille" diffère du second, "l'amour de la Ummah" (la nation ou la Communauté musulmane) en ceci qu'il fait partie de la catégorie de l'amour permis, mais soumis aux règles et aux exigences de "l'amour pour Allah", alors que le second est du type gouvernant et a donc autorité sur tous les penchants et relations nation'Alîstes et patriotiques du croyant.

La substance et le sommet du walâ' (amitié ou inféodation) résident dans l'Unicité. Sans l'Unicité, le walâ' perd totalement sa raison d'être. C'est seulement lorsque nous aurons saisi cette vérité que nous comprendrons le vrai sens du walâ'. Autrement notre compréhension de cette notion de walâ' sera superficielle et simpliste, s'appliquant à tout et à n'importe quoi, y compris l'amitié avec les ennemis d'Allah, épousant les contraires et les opposés sans s'embarrasser des contradictions, mettant dans le même registre l'amour d'Allah et de Ses Prophètes, et l'amour de Pharaon et de sa clique. Ainsi, dans son acception simpliste, le walâ' peut réunir l'amour des civilisations zoroastrienne, pharaonique et babylonienne, et l'amour de l'Islam, comme le font les courants nationalistes contemporains. Donc lorsque le walâ' s'abaisse à ce niveau, il se vide de sa substance et de son contenu, et se dévalorise complètement.

Récapitulons, pour mieux exposer les autres implications de l'amour pour Allah: il ressort de ce qui précède que l'amour pour Allah doit donc constituer dans la vie du Musulman l'axe du walâ', dans ses implications positives et négatives, l'axe de l'amour et de la haine, du rapprochement et de l'éloignement, et avoir autorité sur toutes les relations, les orientations et les tendances du croyant. Tout autre amour qui ne soit pas en contradiction avec l'amour pour Allah est permis, à condition toutefois, qu'il soit soumis à l'autorité de l'amour pour Allah. Ceci implique que même lorsque deux groupes de Musulmans entrent en conflit quelconque, le croyant ne peut les réunir dans le même amour, c'est-à-dire continuer à les aimer tous les deux également. Il doit prendre position et orienter son amour et sa haine respectivement vers l'un et l'autre. Ce sont les règles de "l'amour pour Allah" qui dictent l'attitude ou la position à prendre dans de tels cas de figure. Dans une situation semblable, l'Islam ne laisse pas au croyant le soin de prendre position en faveur ou en défaveur de chacun des deux groupes, selon ses inclinations et ses sentiments personnels. Il lui commande, au contraire, d'y soumettre soigneusement ses sentiments et ses penchants aux règles de "l'amour pour Allah", et d'essayer tout d'abord, tout son possible, pour les réconcilier. Si l'un des deux groupes s'avère être injuste, il doit prendre fermement position pour le groupe agressé ou lésé et contre le groupe agresseur ou injuste, sans se laisser influencer par des considérations sentimentales, tribales ou affectives. Et si le groupe agresseur persiste dans son agression, et refuse de rendre justice, il doit lui déclarer la guerre et le combattre côte à côte avec le groupe agressé: «Si deux groupes de croyants se combattent, alors, faites la paix entre eux. Puis, si l'un d'eux se rebelle contre l'autre, alors combattez celui qui se rebelle, jusqu'à ce qu'il s'incline devant l'ordre d'Allah. Puis, s'il s'incline, alors, faites la paix entre eux avec justice, et jugez à la balance. Oui, Allah aime ceux qui jugent à a la balance».(111)

L'amour pour Allah est donc un axe qui gouverne la vie du Musulman. Il lui dessine une carte claire de ses relations sociales et familiales, des endroits (individus, groupes, etc.) respectifs dont il doit s'éloigner ou se rapprocher, et des situations respectives vers lesquelles il doit ou peut orienter sa haine ou son amour. L'un des traits caractéristiques de cet axe est qu'il n'accepte aucun autre axe, quel qu'il soit, à côté de lui.


La pureté (la sincérité) de l'amour d'Allah

"La pureté de l'amour d'Allah" se situe à un degré supérieur par rapport au principe de "l'Unicité de l'amour", principe qui n'annihile pas tout autre amour que celui d'Allah, mais confère à ce dernier l'autorité, la priorité et la prééminence sur tout autre amour: «Les croyants sont les plus ardents en l'amour d'Allah»,(112) et il constitue une des conditions de la Foi, et une des branches de l'Unicité.

En revanche, "la pureté de l'amour" renie tout autre amour que l'amour d'Allah, à l'exception de celui qui se situe dans le prolongement de l'amour d'Allah (aimer pour Allah et détester pour Allah), et à la différence de "l'Unicité de l'amour", elle ne s'apparente pas à la Foi, ni à l'Unicité, mais fait partie du domaine des véridiques et de leurs positions rapprochées d'Allah, Lequel accorde à Ses serviteurs dévoués la capacité de chasser de leurs coeurs tout amour autre que le Sien.

L'Imam al-Sâdiq (p) professe à ce sujet: «Le coeur est la Maison Interdite (Haram) d'Allah. Ne fais donc pas habiter quelqu'un d'autre qu'Allah dans la Maison Interdite d'Allah».(113)

Donc, à la différence des sens qui se meuvent et se déplacent dans la vie de tous les côtés qu'Allah a permis et autorisés, le coeur a cette particularité d'être l'Enceinte privée d'Allah, dans laquelle il n'y a pas de place pour aucun autre sentiment ou attachement que l'amour d'Allah.

Dans le Hadith que nous venons de citer, la définition du coeur comme étant une "Maison privée ou interdite", est une définition très précise et expressive, car la Maison interdite ou privée est une zone sûre et fermée à tout étranger. Ses habitants sont à l'abri de l'insécurité et de la peur. Aucun étranger n'y pénètre, tout comme le coeur, qui est la Maison protégée d'Allah, dans laquelle aucun autre amour que l'amour d'Allah ne doit entrer, et aucun autre amour ne doit déranger ni concurrencer l'amour d'Allah. C'est pourquoi, les véridiques, les serviteurs pieux d'Allah se dévouent entièrement à l'amour d'Allah et n'y adjoignent aucun autre, quel qu'il soit, sauf celui qui se situe dans son prolongement (de l'amour d'Allah).

Dans le munâjât suivant de l'Imam al-Sajjâd (p), il n'est pas difficile de ressentir le tourment de l'amour et la sincérité du dévouement dans l'amour:

«Ô mon Maître! Vers Toi s'oriente mon désir, de Toi est ma crainte, en Toi sont placées mes espérances! Mon espoir m'a conduit vers Toi, sur Toi j'ai concentré, ô l'Unique, ma pensée, c'est Toi le motif de mes sincères espoir et crainte, mon amour s'est plu à Toi, c'est vers Toi que j'ai tendu la main, et c'est par Tes souvenirs que mon coeur a vécu».

Ainsi, l'Imam lie ici tout son espoir, sa crainte, son désir, sa pensée, etc. à Allah.

Dans un hadith, le Prophète (P) dit: «Aimez Allah de tous vos coeurs».(114)

Dans un Do'â', l'Imam al-Sajjâd (p) supplie Allah: «Ô mon Dieu! Je Te demande de remplir mon coeur de Ton amour, de Ta crainte, de foi en Toi, de croyance en Toi, de désir de Toi».(115)

Si le coeur du serviteur est rempli de l'amour et du désir d'Allah, il est normal qu'il n'y reste aucune place vacante pour un autre amour, sauf d'un amour qui émane de l'amour d'Allah, ce qui revient au même.

Dans le Do'â' à l'occasion de l'arrivée du mois de Ramadhân, l'Imam al-Sâdiq (p) dit: «Ô mon Dieu! Prie sur Mohammad et la Famille de Mohammad, et occupe mon coeur à la glorification de Ta Grandeur, remplis-le de Ton amour afin que je Te rencontre avec le sang jaillissant dans mes veines jugulaires»,(116) langage métaphorique qui exprime le dévouement dans l'amour d'Allah, lequel devient l'obsession du coeur et son souci tenace.


L'attachement jaloux d'Allah à Son serviteur

Allah aime Son serviteur et en est jaloux, car la jalousie est le propre de l'amour. Il veut que le coeur du serviteur se dévoue à Son amour, et qu'il ne laisse y entrer aucun autre.

On rapporte que le Prophète Mûsâ (p) s'adressa à son Seigneur dans la Vallée sainte et dit: «Ô Seigneur! Je me suis dévoué dans mon amour pour Toi et j'ai purifié mon coeur de tout autre que Toi». Pourtant, il aimait énormément sa famille. Allah lui dit alors: «Ôte de ton coeur l'amour de ta famille, si ton amour s'est dévoué à Moi».(117)

Le propre de l'amour jaloux d'Allah envers Son serviteur est d'enlever de son coeur tout intrus, lorsque intrus il y a, afin de préserver sa pureté. Dans un do'â' l'Imam al-Hussain (p) dit:

«(Ô Seigneur), c'est Toi qui as enlevé la poussière des coeurs de Tes aimants, afin qu'ils n'aiment personne que Toi!... Qu'a-t-il trouvé celui qui T'a perdu!? Et qu'a-t-il perdu celui qui T'a trouvé!? N'a obtenu que déception celui qui avait accepté un suppléant à Toi».


Aimer pour Allah et en Allah

Mais ici une question se pose qui appelle une réponse: d'aucuns pourraient être amenés à interpréter le dévouement dans l'amour d'Allah, compris de la sorte, comme étant contraire à la nature innée de l'homme, puisqu'Allah a créé l'homme en déposant dans sa nature la tendance à aimer beaucoup de choses. Donc aimer Allah exclusivement en écartant la possibilité de tout autre amour contredirait cette nature innée qu'Allah a créée.

La réponse à cette interrogation est simple: la pureté de l'amour d'Allah ne signifie pas la négation de la nature innée, mais l'orientation des sentiments de l'homme (amour et haine) vers ce qu'Allah aime et déteste.

Car, en fait, Allah ne demande pas à Son fidèle serviteur et interlocuteur privilégié, le Prophète Mûsâ (p) d'ôter définitivement de son coeur l'amour de sa famille, mais seulement d'aimer sa famille à travers son amour d'Allah, afin que cet Amour soit la source unique de tout amour dans son coeur. En d'autres termes, ce qu'Allah commande à son Prophète Mûsâ, c'est de relier tout amour au canal de Son amour; de cette façon, l'amour de la famille devient une consécration et une confirmation de l'amour d'Allah. C'est là une méthode d'éducation sublime dont ne bénéficient que ceux qu'Allah aime, élit. La preuve en est que le Prophète Mohammad (P), qui est le plus pur, le plus dévoué et le plus sincère de l'humanité aimait d'autres choses, puisqu'il répétait: «J'aime de votre vie d'ici-bas trois choses: le parfum, les femmes et la prière qui vaut la prunelle de mes yeux».

Il ne fait pas de doute que cet amour se situe dans le prolongement de l'Amour d'Allah, car, étant donné que la plus aimée de ces trois choses est la Prière (qui lui est aussi chère que la prunelle de ses yeux), laquelle constitue indubitablement un acte de soumission à Allah, l'amour du Prophète (P) pour lesdites trois choses ne peut que prolonger l'Amour d'Allah.

Ainsi, le dévouement dans l'Amour d'Allah, loin de s'opposer à la nature humaine, équivaut à une réorganisation de la carte de l'amour et de la haine conformément à cette donnée nouvelle que l'Islam introduit. Dès lors, l'amour naturel de l'homme reste à sa place, mais inséré dans le cadre d'une organisation nouvelle qui consacre l'Amour du serviteur pour Allah, au lieu de l'affaiblir ou de le brouiller.

C'est pour cette raison que les textes islamiques, dont nous citons quelques-uns ci-après réaffirment la valeur et l'importance cruciale de l'amour pour Allah et l'amour en Allah:

- L'Imam 'Alî (p) dit: «L'amour pour Allah est le plus proche lien (de lignage)».(118)

Et:

«L'amour en Allah est plus sûr que le lien utérin».(119)

L'Imam 'Alî (p) exprime ici une pensée très précise et reposant sur un fondement idéologique. En effet, il y a dans la vie des gens des lignages, des réseaux de liens sociaux. Le plus solide de ces liens est le lien utérin. Or, la relation avec Allah devient plus sûre que le lien utérin, si l'homme lie et soumet son amour et ses attachements à cette relation, et aime et déteste à travers elle, son amour devient le plus sûr et le plus complet des lignages et des liens. Car si l'amour était pour quelqu'un d'autre qu'Allah, il pourrait changer ou s'émousser, ou encore être affecté par des facteurs qui modifient les sentiments des gens les uns envers les autres. Mais si son amour de son frère s'inscrit dans l'Amour d'Allah, il sera plus sûr, plus solide et plus imperméable aux vicissitudes et aux facteurs opposés.

Le dévouement dans l'Amour d'Allah, loin de renier les attachements naturels qui habitent l'âme humaine, les confirme et les enracine en les insérant dans le grand canal qui régit et ordonne l'amour de tous les véridiques et les amis d'Allah. De cette façon, le meilleur des gens auprès d'Allah devient celui qui aime le plus son frère croyant.

Selon l'Imam al-Sâdiq (P): «Il n'est pas de cas où deux frères de religion se rencontrent sans que le meilleur d'entre eux soit celui qui aime le plus son frère».(120)

Il est pertinent de rappeler ici un autre hadith de l'Imam al-Sâdiq (p), déjà cité: «Ceux qui s'aiment par amour pour Allah seront assis, le Jour du Jugement, sur des chaires de lumière. La lumière de leurs corps et de leurs chaires illuminent tellement tout autour d'eux, qu'on les reconnaît à ce signe et qu'on en dit: Voilà les gens qui s'aiment par amour pour Allah».(121)

La première source de l'amour

D'où tirer l'Amour? Voilà une question capitale dans notre exposé. Car ayant compris l'importance et la valeur inestimable de l'Amour d'Allah, il nous faut absolument savoir où nous devrions l'épuiser et quelle est sa source? La réponse concise à cette interrogation se résume ainsi: Allah Lui-Même est la source, le principe et le but de cet Amour.

Nous allons maintenant détailler et développer ce sujet.

1- Allah aime Ses serviteurs

Allah aime Ses serviteurs, assure leur subsistance, couvre leurs défauts, leur prodigue des dons et des bienfaits innombrables, leur pardonne, accepte leur repentance, leur trouve le chemin de la prospérité, les guide dans le droit chemin, les couvre de Ses soins, et conjure leurs malheurs. Toutes ces faveurs sont des signes d'amour.

2- Il leur inspire Son Amour

L'un des signes révélateurs et étonnants de l'amour d'Allah pour Ses serviteurs est qu'Il leur inspire Son amour. Étonnant parce qu'Il est à la fois le pourvoyeur et le récepteur de l'amour. Il inspire l'amour à Ses serviteurs pour en être par la suite l'objet. En d'autres termes Il est inspirateur de l'amour des gens. Il leur projette attirance sur attirance, puis Il les attire vers Lui par ces charges d'Attirance.

Beaucoup de textes islamiques soulignent cette vérité.

Rappelons-nous à cet égard l'un des munâjât de l'Imam 'Alî Ibn al-Hussain al-Sajjâd (Zayn al-'Âbidîn) qui dit:

«Ô mon Dieu! Fais que je sois au nombre de ceux dont les arbres de Ton désir se sont enracinés dans les jardins de leurs poitrines et dont le chagrin de Ton amour a envahi leurs coeurs!»

Dans son Do'â' à 'Arafah l'Imam al-Hussain (p) dit:

«Comment peut-on démontrer Ton Existence par un être dont l'existence dépend de Toi! Est-ce possible que quelqu'un d'autre que Toi ait une manifestation que Tu n'aurais pas, pour qu'il devienne la preuve de Ton Existence! Quand aurais-Tu été absent, pour que Tu aies besoin d'un indicateur qui guiderait vers Toi! Quand Te serais-Tu éloigné pour que les traces soient le guide vers Toi! Qu'il soit aveugle, l'oeil qui ne voit pas en Toi le Surveillant! Qu'il soit perdant le marché d'un serviteur, qui n'inclut pas la part de Ton amour! Guide-moi donc par Ta Lumière vers Toi! Fais que je me présente entre Tes mains pour Te rendre un culte sincère! Protège-moi par Ton secret protecteur! Fais-moi marcher sur les traces des gens attirés par Toi! Mon Dieu! Fais que Ta planification pour moi me fasse me passer de ma planification, et Ton choix me fasse me passer du mien!... C'est Toi qui as fait briller les lumières dans les coeurs de Tes Serviteurs intimes jusqu'à ce qu'ils T'eussent connu, reconnussent Ton Unicité! C'est Toi qui as enlevé l'amour des autres des coeurs de Tes aimants pour qu'ils n'aiment personne d'autre que Toi et ne se réfugient auprès de personne d'autre que Toi! C'est Toi leur consolation lorsqu'ils sont abandonnés par tout le monde! C'est Toi qui les as guidés lorsque les aspects de la route leur ont parus divergents! Qu'a-t-il trouvé celui qui T'a perdu!! Et qu'a-t-il perdu celui qui T'a trouvé!! N'a recueilli que désappointement celui qui a accepté de substituer quelqu'un d'autre à Toi! Comment place-t-il son espoir en quelqu'un d'autre alors que Tu n'as jamais cessé Ta bienfaisance! Et comment demande-t-il à quelqu'un d'autre alors que Tu n'as jamais changé l'habitude de Ta largesse! (...) Ô Toi qui as fait goûter à Tes aimants la douceur de Ta Compagnie, au point qu'ils se sont mis à Te flatter entre Tes mains! Ô Toi qui as habillé Tes serviteurs intimes des vêtements de Ta Majesté, et ils se sont mis entre Tes mains, en demandant pardon. Ô mon Dieu! Demande-moi par Ta Miséricorde, afin que j'arrive près de Toi! Attire-moi par Ta faveur pour que je penche vers Toi».(122)

3- Il leur manifeste Son Amour

Allah manifeste Son amour à Ses serviteurs et leur prodigue Ses bienfaits afin qu'ils L'aiment. Car les bienfaits et les faveurs touchent les coeurs purs et conscients, et leur font aimer leur bienfaiteur Allah.

Dans Do'â' al-Sahar (de la fin de la nuit), l'Imam al-Sajjâd (p) dit:

«Tu nous montres de l'amour par Tes bienfaits, alors que nous nous opposons à Toi par les péchés! Ta bienfaisance descend vers nous et notre méchanceté monte vers Toi! Un noble Ange continue encore à Te rapporter chaque jour une action répréhensible, commise par nous, mais tout ce qui T'est rapporté (de mauvais) sur nous ne T'empêche de nous entourer de Ta Miséricorde, et de nous favoriser de Tes signes! Gloire à Toi donc! que Tu es Clément, que Tu es Grand, que Tu es Noble, depuis toujours et continuelle-ment!».(123)

Le serviteur ne peut qu'avoir honte en comparant les bienfaits, la grâce, les faveurs, le pardon, la couverture des défauts etc. qui descendent et viennent d'Allah vers lui, et la méchanceté et l'action condamnable qu'il envoie vers Allah, car il répond à ces signaux d'amour et d'affection de la part d'Allah, par une attitude de répulsion et de haine à Son égard.

«O mon Dieu! Alors que Tu m'appelles, je Te tourne le dos, et alors que Tu Te montres aimable envers moi, je Te boude; et alors que Tu me témoignes de l'affection, je la refuse de Ta part, comme si Tu me devais quelque chose; et malgré tout, cela ne T'a pas empêché d'être Miséricordieux envers moi, Bienfaisant à mon égard, et de me couvrir de la faveur de Ta Largesse!».(124)

En tout état de cause, quiconque a l'habitude de lire le Coran peut constater facilement que ce Livre d'Allah tient à se servir du bienfait divin ou à invoquer ce bienfait pour orienter l'homme vers l'Amour d'Allah et vers le chant de Ses louanges.

Citons-en un court passage, entre bien d'autres, à l'appui de notre affirmation:

* «C'est Lui qui fait descendre du ciel, avec mesure, une eau grâce à laquelle Nous rendons la vie à une terre morte. Ainsi vous fera-t-on sortir de vos tombes.

* »C'est Lui qui a créé toutes les espèces d'animaux. Il vous a donné, comme moyens de transport, les vaisseaux et les bêtes de somme,

* »pour que vous vous y teniez commodément assis. Vous vous rappelez alors les bienfaits de votre Seigneur et vous direz: Gloire à Celui qui a mis tout cela à notre service, alors que, de nous-mêmes, nous n'y serions pas parvenus».(125)

Il ressort de ces deux versets coraniques que les vaisseaux, les animaux et les bêtes de somme servent à trois desseins et non un seul:

1)- «pour que vous vous y teniez commodément assis», c'est l'utilisation du bienfait;

2)- puis «(pour que) vous vous rappeliez les bienfaits de votre Seigneur, lorsque vous vous y tenez commodément assis», c'est la conscience du bienfait;

3)- puis vous direz: «Gloire à Celui qui a mis tout cela à notre service, alors que, de nous-mêmes, nous n'y serions pas parvenus», et c'est le remerciement, les louanges et la glorification.

Ceux qui reçoivent les bienfaits d'Allah sans en être conscients et sans faire les louanges d'Allah pour ses bienfaits sont comme les bestiaux: ils ne profitent que partiellement du bienfait, car celui-ci n'alimente pas seulement le corps, mais aussi, l'âme, l'esprit et le coeur. Or, ceux qui ne bénéficient que partiellement du bienfait privent leurs esprits, leurs âmes et leurs coeurs des bienfaits du Miséricordieux.

De même les autres sources islamiques, les hadiths, sont riches en exemples où les Prophètes et les saints de l'Islam appellent les gens à Allah et leur font aimer le Créateur, en mettant en évidence Ses bienfaits.

Ainsi, selon un hadith saint (qudsî): Allah a révélé au Prophète Mûsâ (p): «Fais-Moi aimer de Mes créatures». Mûsâ (p) dit: «Ô mon Dieu! Tu sais que je T'aime plus que tout autre. Mais comment pourrais-je influencer les coeurs des serviteurs!?". Allah lui a révélé: «Rappelle-leur Mes bienfaits et Mes signes; dès lors ils ne retiendront de Moi dans leur mémoire que le bien».

Selon un autre hadith saint: Allah dit au Prophète Dâwûd (p): «Aime-Moi et fais-Moi aimer de Mes créatures». Dâwûd (p) répondit: «Moi, je T'aime, certes oui. Mais comment Te faire aimer de Tes créatures!?» Allah lui dit: «Évoque auprès d'elles Ma largesse; si tu la leur rappelles, elles M'aimeront».(126)

4- Allah est jaloux de Son serviteur

Comme nous l'avons déjà signalé, Allah est jaloux de Ses serviteurs; Il veut qu'ils dépouillent leurs coeurs de tout autre amour que le Sien.

5- Allah appelle Ses serviteurs au repentir

L'un des signes de l'amour d'Allah de Ses serviteur est que lorsqu'ils Lui désobéissent et se détournent de Lui, Il ne les abandonne pas à leur triste sort, mais leur tend la corde de l'affection, les appelle au retour et leur ouvre les portes de la repentance:

«Quiconque agit mal ou fait du tort à lui-même, puis aussitôt implore d'Allah le pardon, trouvera Allah Pardonneur et Miséricordieux».(127)

6- Il les y incite en les soumettant à des épreuves

Même lorsqu'ils refusent de se repentir et de retourner vers Lui en continuant dans leur éloignement du Droit Chemin, Allah ne se détourne pas d'eux et ne leur coupe pas le chemin du retour et du repentir, mais les éprouve par le malheur et la calamité dans l'espoir de les ramener à la raison:

«Nous n'avons envoyé aucun prophète dans une cité sans frapper (par la suite) ses habitants de malheur et de calamité, afin qu'ils implorent (le pardon)».(128)

Dans le munâjât No 8, déjà cité, l'Imam al-Sajjâd (p) dit:

«Ô Toi qui viens à la rencontre de ceux qui se dirigent vers Toi, et qui reviens sans cesse vers eux pour leur prodiguer Tes faveurs; Ô Toi qui Te montres Clément et Compatissant envers ceux qui négligent de T'invoquer, et qui les attires vers Ta porte avec affection et amabilité!».

Allah est donc indulgent et affectueux, même envers ceux qui L'oublient et se détournent de Lui. Il les aime et leur montre Son affection, leur offre Son amour et leur ouvre le chemin du retour à Son amour lorsqu'ils s'éloignent et se détachent de Lui.

Il est donc la source et le but de l'Amour. Donc, qui veut l'amour divin, n'a qu'à le demander à Allah.

Nous avons eu l'occasion de voir dans les pages précédentes, des extraits de do'â' dans lesquels les Imams insistent dans leur demande de l'amour d'Allah.

En voici un rappel: Dans un do'â', l'Imam 'Alî Ibn al-Hussain (p) implore Allah:

«Ô mon Dieu! Je Te demande de remplir mon coeur de Ton amour, de Ta crainte, de foi en Toi, de croyance en Toi, de désir de Toi».(129)

Dans un do'â', le Prophète (P) dit:

«Ô mon Dieu! Je Te demande de m'inspirer Ton amour, l'amour de ceux qui T'aiment, et l'action qui me conduit à Ton amour. Ô mon Dieu! Fais que je T'aime plus que moi-même et ma famille».(130)

Dans le 7e de ses 15 célèbres munâjâts, l'Imam al-Sajjâd (p) dit:

«Ô mon Dieu! Transporte-nous dans Tes vaisseaux de sauvetage! Fais-nous nous réjouir du plaisir des entretiens intimes avec Toi (munâjât)! Fais-nous entrer dans les bassins de Ton amour! Fais-nous goûter la douceur de Ton affection! Fais que notre jihâd (combat) soit pour Ta Cause, et que notre souci soit Ton obéissance! Donne-nous de purifier nos intentions dans nos relations avec Toi! Car nous existons par Toi et pour Toi, et nous n'avons d'autre moyen menant vers Toi que Toi-même!».(131)


Comment aimer Allah?

Nous avons dit qu'Allah montre Son affection à Ses serviteurs à travers les bienfaits qu'Il leur prodiguent. C'est là une vérité établie qui n'a pas besoin d'une nouvelle démonstration ou explication. Ce qui nous importe maintenant est de dire que la "conscience du bienfait" constitue le facteur essentiel et principal de l'amour d'Allah, et que lorsque le croyant est conscient du bienfait dont Allah le gratifie, cette conscience a deux effets directs sur sa relation avec Allah.

Le premier est le remerciement ou la gratitude, le second, l'amour. Tous deux élèvent le croyant vers Allah et forment deux voies qu'il emprunte pour se diriger vers Allah.

La relation entre le bienfait et le remerciement est une relation dialectique et de réciprocité, ou en d'autres termes il y a corrélation entre les deux: chaque fois qu'Allah gratifie un serviteur d'un bienfait, ce bienfait appelle le serviteur à remercier Allah, et chaque fois qu'il remercie Allah de Son bienfait, Allah augmente pour lui Ses bienfaits: «Si vous êtes reconnaissants, très certainement, J'augmenterai (Mes bienfaits) pour vous».(132) Or l'augmentation des bienfaits requiert encore plus de reconnaissance, et ainsi de suite. Et c'est de cette façon que s'effectue la montée du serviteur vers Allah.

En revanche, si l'homme reçoit le bienfait sans en avoir conscience, il suscite en lui l'insolence, l'hypocrisie, la vanité et la tyrannie: «Prenez garde! Vraiment l'homme devient rebelle, dès qu'il estime qu'il peut se suffire à lui-même».(133)

Le bienfait conduit l'homme tantôt à l'amour d'Allah et à un sentiment de reconnaissance envers Lui, tantôt à la rébellion, à la vanité et à l'incurie. Or, la différence entre les deux états est la conscience. C'est pourquoi le Coran met l'accent sur le rappel des bienfaits d'Allah, rappel qui occupe une grande superficie de ce Livre d'Allah. Il tente d'ouvrir les yeux de l'homme, son esprit et son coeur sur une grande partie des bienfaits d'Allah, qu'il oublie habituellement, alors qu'il les côtoie et en bénéficie quotidiennement.

Cet oubli est de nature à abrutir l'esprit, de sorte qu'il ne ressent plus la valeur la beauté de ces bienfaits que sont, entre bien d'autres, la vie conjugale, l'enroulement du jour sur la nuit et la nuit sur le jour, les vaisseaux et les montures dont se sert l'homme sur la mer et la terre. De là le Coran se livre à travers ses pages à cette campagne de "consciencisation" ou de prise de conscience des innombrables Bienfaits divins: «Si vous comptiez les bienfaits de Dieu, vous ne sauriez les dénombrer».(134) «Il a répandu sur vous des bienfaits apparents et cachés».(135)

Sur l'interprétation de ce dernier verset coranique, 'Â'ichah rapporte que le Prophète (P) dit: «Si on ne connaît des bienfaits d'Allah que ceux relatifs à son manger et son boire, cela veut dire qu'on a un savoir déficient et qu'on doit s'attendre à l'approche de l'Heure de la torture».(136)

Ainsi, le rappel des Bienfaits équivaut à une prise de conscience. Et lorsque le serviteur prend conscience de ces bienfaits, ceux-ci se transforment dans sa vie en amour et reconnaissance, et s'ils ne sont pas accompagnés de prise de conscience, ils conduisent à la vanité, à l'arrogance et à la rébellion.

C'est à cette haute valeur des louanges et à cette conscience des bienfaits, qu'Allah veut inculquer à Ses serviteurs, que fait allusion l'Imam al-Sajjâd (p) dans le premier Do'â' d'al-Sahîfah al-Sajjâdiyyah:

«Louanges à Allah: s'Il venait à empêcher Ses serviteurs d'avoir conscience de la nécessité de faire Ses louanges par reconnaissance de Ses faveurs successives et ses bienfaits manifestes, ils utiliseraient ces faveurs sans L'en louer, et jouiraient de Ses larges dons sans L'en remercier. S'ils venaient à se comporter de la sorte, ils sortiraient des frontières de l'humanité et entreraient dans celle de la bestialité, et seraient comme ceux décrits dans le Noble Coran: "Ils ne sont comparables qu'à des bestiaux, et plus égarés encore, loin du chemin droit"(137)».

De nombreux textes islamiques s'appliquent répétitivement, comme nous avons eu l'occasion de le voir, à invoquer les bienfaits d'Allah pour susciter chez les gens l'amour d'Allah et à orienter les gens vers l'amour d'Allah pour Ses bienfaits et Ses signes.

De même les hadiths des Ahl-ul-Bayt prennent un soin particulier à énumérer les bienfaits d'Allah, tout d'abord, et à insister sur la nécessité de faire Ses louanges et de Le remercier, ensuite.

Ce sont là deux méthodes éducatives adéquates en Islam. Elles visent à:

1- Rappeler à l'homme les bienfaits d'Allah et l'amener à en prendre conscience;

2- L'orienter vers les louanges, le remerciement et l'amour d'Allah


Les conséquences et les effets de l'amour d'Allah dans la vie de l'homme

L'amour d'Allah a de grands effets sur la vie, dont:

1- Obéir à Allah et suivre Son Prophète: si le croyant aime Allah, il Lui obéit et obéit au Prophète, et l'obéissance à Allah et à Son Prophète appelle l'amour d'Allah (pour le croyant) et Son pardon. En effet Allah dit: «Dis: Suivez-moi, si vous aimez Allah; Allah vous aimera et vous pardonnera vos péchés».(138)

2- L'amour d'Allah purifie le coeur des souillures qui s'y sont accrochées et de l'amour de ce monde, car il est le facteur le plus puissant et le plus influent dans le coeur du croyant. Or, le facteur dominant a la propriété d'éliminer les facteurs contraires et opposés. Selon l'Imam 'Alî (p): «L'amour d'Allah est un feu qui brûle tout ce qu'il traverse, et une lumière qui illumine tout ce sur quoi elle brille».(139)

Il est donc feu et lumière. Il purifie le coeur et l'illumine, lui apporte lumière et clairvoyance. L'Imam al-Sâdiq (p) dit: «Si l'amour d'Allah projette sa lumière sur le coeur d'un croyant, il le débarrasse de tout ce qui l'occupe, au point que toute évocation en dehors de celle d'Allah devient pour lui obscurité. Celui qui aime Allah est le plus sincère des hommes envers Lui, le plus véridique dans sa parole, le plus respectueux de ses engagements, le plus pur dans ses actes, le plus limpide dans ses invocations, et le plus obéissant dans son culte. Les Anges s'enorgueillissent de lui lorsqu'il s'entretient intimement avec Allah, et sont fiers de le voir».(140)

3- Le rappel: L'amour d'Allah entraîne le rappel, car le coeur de l'aimant se rappelle (celui qu'il aime) alors que le coeur oublieux et distrait, n'est pas réceptif à l'amour. L'amoureux ne saurait ignorer ni oublier celui qu'il aime. Le Prophète dit (P): «Le signe de l'amour d'Allah est l'invocation (le rappel) d'Allah, et le signe de la haine d'Allah est la détestation de l'invocation d'Allah».(141)

Lorsque l'homme aime quelque chose, il se le rappelle, et plus il l'aime, plus il se le rappelle. Et lorsqu'il n'aime pas une chose, il l'ignore ou en fait l'ignorant. Font partie du rappel (invocation): la veille de nuit (pour accomplir des actes cultuels, l'accomplissement de longues prosternations, les prières, la continuation du culte et de l'adoration.

Selon l'Imam 'Alî (p): «Le coeur qui aime Allah aime beaucoup le mouvement vers et pour Allah, alors que le coeur distrait d'Allah, aime le repos».(142)

Il est rapporté qu'Allah a révélé au Prophète Mûsâ Ibn 'Imrân (p): «Aura menti quiconque prétend M'aimer, alors qu'il M'oublie en se livrant au sommeil, à la tombée de la nuit. Tout amoureux n'aimerait-il pas se retirer en tête-à-tête avec son bien-aimé!? Me voici, ô Ibn (fils de) 'Imrân en train de voir ce que font Mes aimants: leurs vues quittent leurs coeurs et Mon châtiment se présente devant leurs yeux...».(143)

4- L'acceptation de l'Ordre d'Allah. Or, l'acceptation de l'Ordre d'Allah se situe à un degré supérieur au degré de la résignation, car l'homme peut se résigner à une chose, sans pour autant l'accepter volontiers, alors que l'acceptation signifie ici agréer. Ceci dit, l'acceptation de l'Ordre d'Allah, de Son décret et de Sa décision constitue l'une des plus hautes positions des amis d'Allah.

Ainsi, dans le Do'â' Kumayl, l'Imam 'Alî (p) implore: «Ô Mon Dieu! Je Te prie, en toute soumission, en toute humilité et très modestement, d'être Indulgent avec moi et d'avoir pitié de moi, et de me rendre content et satisfait de ce que Tu m'as imparti et (de me faire) humble dans tous les cas».(144)

On lit aussi dans "Ziyârat Amîn-ullâh": «Ô mon Dieu! Fais que mon âme soit rassurée quant à Ton pouvoir, satisfaite de Ton décret, infatuée (passionnée, engouée) de Ton invocation et de Ton do'â', amoureuse de l'élite de Tes amis, bien-aimée sur Ta terre et dans Ton ciel».(145)

Notons que l'acceptation ou la satisfaction de l'Ordre d'Allah fait partie des traits caractéristiques et des conséquences de l'amour d'Allah. Ainsi si le serviteur aime Allah, il agrée Sa Décision, Son Décret et Son Commandement.

Allah a révélé au Prophète Dâwûd (p): «Ô Dâwûd! Quiconque aime un bien-aimé, croit à sa parole, quiconque accepte un bien-aimé, accepte son action, quiconque a confiance en son bien-aimé, compte sur lui, et quiconque désire un bien-aimé, il le recherche sérieusement».(146)

5- L'une des conséquences de l'amour du serviteur pour Allah est l'amour d'Allah pour le serviteur. C'est là une conséquence obligatoire. Allah dit: «Dis: Suivez-moi, si vous aimez Allah; Allah vous aimera et vous pardonnera vos péchés. Allah est celui qui pardonne, Il est Miséricordieux».(147)

6- Une autre conséquence de l'amour d'Allah est "aimer pour Allah" et "haïr pour Allah", conséquence on ne peut plus naturelle de l'amour d'Allah, car lorsque l'homme aime quelque chose, il aime aussi tout ce qui s'y accorde et déteste tout ce qui s'y oppose.

Ci-après un hadith de l'Imam al-Sâdiq (p) soulignant quelques-uns des effets et des conséquences de l'amour d'Allah: «Si le coeur hérite l'amour d'Allah et s'en éclaire, la Grâce y pénètre rapidement. Et lorsque la Grâce habite le coeur, celui-ci atteint une haute position. Lorsqu'on atteint cette position, tout son désir et son amour se concentrent sur son Créateur et s'orientent exclusivement vers Lui. Ce faisant, il aura atteint la position suprême et dès lors son Seigneur entre dans son coeur. Il s'ensuit qu'il acquiert la sagesse d'une façon différente dont l'acquièrent les sages, la science d'une façon différente dont l'acquièrent les savants, et la vérité d'une façon différente dont l'acquièrent les véridiques. En effet, les sages acquièrent la sagesse par le silence, les savants acquièrent la science par la recherche, et les véridiques acquièrent la vérité par le recueillement et le culte prolongé. Or, ceux qui suivent un tel cheminement peuvent aussi bien s'abaisser que se hisser. La plupart d'entre eux, finissent par s'abaisser. Car on ne peut se hisser si l'on ne respecte pas les droits d'Allah et ne suit pas ce qu'Allah ordonne, attitude qui caractérise ceux qui n'ont pas d'Allah une réelle connaissance, ni ne L'aiment d'un vrai amour. Ne sois donc pas impressionné par leur prière, leur jeûne, leurs récits, leurs sciences. Ce sont en ré'Alîté des onagres épouvantés».(148)


La corrélation entre l'amour d'Allah et ses conséquences

Il est impératif de noter que la relation entre l'amour d'Allah et une somme des conséquences de cet amour est une relation réciproque et dialectique, c'est-à-dire qu'il y a interdépendance et influence réciproque entre l'amour d'Allah et une partie de ses conséquences, dont chacune conduit à l'autre. Ainsi:

- L'amour d'Allah conduit à l'invocation d'Allah:

Le Prophète (P) dit à ce propos: «Le signe de l'amour d'Allah est l'amour de l'invocation d'Allah».(149)

- Et l'invocation d'Allah conduit à l'amour d'Allah:

En témoigne ce hadith du Prophète (P) rapporté par l'Imam al-Sâdiq (p): «Quiconque multiplie l'invocation d'Allah aimera Allah».(150)

- L'amour d'Allah conduit à dépouiller le coeur des attaches et des préoccupations d'ici-bas:

L'Imam al-Sâdiq (p) dit: «Si l'amour d'Allah brille sur le coeur d'un serviteur, il le vide de toute occupation».(151)

- Le dépouillement du coeur des attaches avec le bas-monde conduit à l'amour d'Allah.

L'Imam al-Sâdiq dit (p): «Si le croyant se détache de la vie d'ici-bas, il se transcende et découvre la douceur de l'amour d'Allah, au point que les gens de ce monde le voient comme s'il avait l'esprit troublé. Mais en fait, c'est la douceur de l'amour d'Allah qui s'est emparé tellement de lui qu'il ne s'intéresse plus à personne».(152)

D'autre part aimer pour Allah et détester pour Allah font partie des conséquences de l'amour d'Allah, mais en même temps ils conduisent à l'amour d'Allah. Ainsi, celui qui aime pour Allah confirme son amour d'Allah, et celui qui aime Allah, Allah l'aime, et celui qu'Allah aime, aime Allah.

Il y a dans la culture islamique beaucoup d'autres cas semblables à cette relation réciproque, lesquels font cheminer l'homme dans une ligne montante vers Allah. Par exemple, l'invocation d'Allah consacre l'amour d'Allah, et l'amour d'Allah consacre l'invocation d'Allah. De cette façon l'invocation et l'amour redoublent dans cette relation réciproque en direction de la proximité d'Allah.


La réciprocité d'amour entre Allah et Son serviteur

Nous avons évoqué la relation réciproque entre l'amour d'Allah envers Ses serviteurs et l'amour des serviteurs envers Allah et vu comment l'amour de l'un conduit à l'amour de l'autre et vice versa et comment cette réciprocité constitue le point de départ, dans la vie de l'homme, d'un mouvement montant vers Allah.

Le Coran pour sa part fait allusion à cet amour réciproque: «Ô les croyants! Quiconque parmi vous apostasie de sa religion ... Allah va faire venir un peuple qu'Il aime et qui L'aime, modeste envers les croyants et fier et puissant envers les mécréants, qui lutte dans le sentier d'Allah, ne craignant le blâme d'aucun blâmeur. Telle est la grâce d'Allah. Il la donne à qui Il veut. Allah est Immense et Omniscient».(153)

La réciprocité d'amour entre Allah et Son serviteur permet à ce dernier de savoir si et dans quelle mesure Allah l'aime, en se regardant lui-même, car le soi est un miroir et un mesureur précis qui permet à l'homme de connaître sa position auprès d'Allah. En effet l'Imam al-Sâdiq (p) dit à ce sujet: «Celui qui veut savoir sa place auprès d'Allah, qu'il sache d'abord la place qu'Allah occupe en lui».(154)

L'Imam al-Sâdiq (p) dit également: «Quiconque voudrait savoir quelle est sa position auprès d'Allah, qu'il détermine quelle est la position d'Allah auprès de lui, car Allah réserve au serviteur la même position que celui-ci Lui consacre».(155)

L'Imam 'Alî (p) dit la même chose avec une nuance significative: «Quiconque d'entre vous désire connaître sa position auprès d'Allah, qu'il regarde comment est la position d'Allah auprès de lui lorsqu'il commet des péchés. Telle sera sa position auprès d'Allah. Il est Sublime et Béni!».(156)

Il dit aussi: «Quiconque aimerait connaître sa position auprès d'Allah, qu'il regarde la position d'Allah auprès de lui. Ainsi, quiconque a le choix entre deux choses: la vie terrestre et la Vie future, et préfère la seconde à la première, aura aimé Allah, alors que celui qui préfère la première à la seconde, n'aura pas accordé de place à Allah auprès de lui».(157)

Dans le Hadith saint suivant (révélé au Prophète Dâwûd), on découvre un portrait expressif et subtil de la relation entre Allah et le serviteur. Il montre combien Allah est Noble, Généreux, Gracieux et Miséricordieux envers Ses serviteurs lorsqu'ils viennent vers Lui, L'aiment et Le demandent:

«Ô Dâwûd! Informe les habitants de la terre que J'aime quiconque M'aime, fréquente qui-conque Me fréquente, tiens compagnie à qui-conque Me tient compagnie, et noue amitié avec quiconque noue amitié avec Moi. Il n'est personne qui M'aime d'un amour dont Je sais de son coeur la sincérité, sans que Je ne l'adopte, et sans que Je ne l'aime comme personne d'autre parmi Ma créature. Quiconque Me réclame à bon escient, Me trouvera, et quiconque réclame un autre que Moi, ne me trouvera pas. Refusez donc, ô habitants de la terre! Votre fatuité actuelle, et accourez vers Ma Grâce, Ma compagnie, Mon amitié, Ma fréquentation! Accompagnez-Moi, Je vous accompagnerai et J'accourrai à votre amour».(158)


Si Allah aime un serviteur...

Lorsqu'Allah aime un serviteur, Il lui ouvre les trésors de Sa Miséricorde, lui offre sans compter Ses bienfaits dans ce monde et dans la Vie future, ouvre son coeur à Sa connaissance, lui confère la foi, la clairvoyance, et la certitude, lui inspire l'amour, le rend passionné de Lui et désireux de Sa proximité, lui fait procurer le plaisir de Sa compagnie et abreuve son coeur de Son amour, le rapproche et l'attire vers Lui, lui accorde Son agrément...

Selon l'Imam al-Sâdiq (p) encore: «Lorsqu'Allah aime un serviteur, Il lui inspire l'obéissance et la satisfaction, le rend érudit dans la Religion, et le renforce par la certitude. Dès lors, il se contentera de la portion congrue et se revêtira de la chasteté. Et lorsqu'Allah déteste un serviteur, Il lui fait aimer l'argent, lui accorde l'aisance, lui inspire l'amour de sa vie terrestre, le livre à ses caprices. Dès lors, il n'en fera qu'à sa tête, répandra la corruption et opprimera les serviteurs».(159)

Selon l'Imam 'Alî (p): «Lorsqu'Allah aime un serviteur, Il lui inspire le bon culte».(160)

Et: «Lorsqu'Allah aime un serviteur, Il lui fait aimer l'honnêteté».

Et: «Lorsqu'Allah aime un serviteur, Il l'orne de la quiétude et de la patience».


Comment nous faire aimer d'Allah ?

Nous avons dit qu'Allah se montre affectueux envers Ses serviteurs: «Tu nous montres de l'amour par Tes bienfaits, alors que nous nous opposons à Toi par les péchés!». N'est-ce pas malheureux de notre part! Allah qui Se passe de tout et qui n'a besoin de personne flatte Ses serviteurs et S'applique à les attirer et à Se faire aimer d'eux, sans que, eux, qui dépendent totalement de Lui, recherchent Son amour et tentent tout pour se faire aimer de Lui!

La question qui se pose est donc comment le serviteur peut-il se faire aimer d'Allah?

Nous avons des éléments de réponse à cette interrogation, dans un Hadith sain, d'une grande importance, rapporté par des sources nombreuses et concordantes, aussi bien Sunnites que Chiites, ce qui écarte tout doute concernant son authenticité. Il est rapporté par al-Barqî qui cite l'Imam al-Sâdiq (p), citant à son tour le Prophète (P) qui dit: «Allah dit: Il n'est pas d'acte accompli par un serviteur dans l'intention de se rapprocher de Moi, que J'aime plus que celui que Je lui ai rendu obligatoire. Puis, Mon serviteur continue à se rapprocher de Moi par les actes surérogatoires (recommandés) jusqu'à ce que Je l'aime. Et une fois que Je l'aime, Je deviens son ouïe avec laquelle il entend, sa vue avec laquelle il voit, sa langue avec laquelle il parle, sa main avec laquelle il saisit, et son pied avec lequel il marche».

Ce texte comporte une série d'enseignements que nous expliquons brièvement:

1- Les meilleurs actes par lesquels le serviteur peut se rapprocher et se faire aimer d'Allah sont les actes cultuels obligatoires, tels que la Prière, le Jeûne, la Zakât, le Khoms, le Hajj (Pèlerinage de la Mecque) etc. C'est là un trait particulier aux obligations islamiques, qu'aucun autre acte ne partage.

2- Vient ensuite le rôle des actes surérogatoires dans le rapprochement du serviteur de son Seigneur dans la recherche de Son amour. Le serviteur doit donc s'adonner, autant que faire se peut et continuellement à ces actes pour atteindre à la proximité et à l'amour du Créateur.

3- Le troisième enseignement de ce texte se rapporte aux conséquences et aux effets de l'amour d'Allah envers le serviteur. En effet celui dont Allah est la langue avec laquelle produit la parole, ne pourra dire que la vérité, et ne remuera jamais sa langue pour prononcer des insanités ou des faussetés. De même celui dont Allah est la main, ne sera jamais vaincu ni défait. Et enfin celui dont Allah est l'ouïe grâce à laquelle il peut entendre et la vue avec laquelle il peut voir, ne confondra jamais entre le faux et la Vérité, saura toujours distinguer les vrais croyants des hypocrites, les véridiques des menteurs, et marchera sa vie durant, sous la Lumière et la guidance d'Allah, sans aucun risque de s'égarer et de dévier du droit chemin.

4- Le quatrième enseignement de ce Hadith sain confirme une vérité déjà dite, à savoir qu'Allah exauce la prière du serviteur: «S'il Me prie, Je lui réponds, et s'il Me demande, Je lui donne».

Il est des serviteurs pieux qu'Allah ne déçoit jamais, dont Il ne rejette aucune prière, qu'Il n'abandonne pas à eux-mêmes, même l'espace d'une seconde. Il les protège constamment, les dirige continuellement, les soutient sans relâche, les dote de clairvoyance, leur accorde la Guidance, remplit leurs coeurs de lumière et les maintient sur le droit chemin. Ce sont les serviteurs qui aiment Allah et qu'Allah aime.

Les obstacles et les barrières qui obstruent l'amour

Nous avons abordé longuement les causes, les effets, les exigences et les conséquences de l'amour d'Allah dans la vie de l'homme. Il est opportun maintenant d'exposer les obstacles qui empêchent le coeur du serviteur d'aimer Allah, afin qu'il puisse les surmonter et les éviter. Les deux plus importants de ces obstacles et barrières sont d'une part les péchés et les actes de désobéissance, qui rouillent le coeur du serviteur, d'autre part l'amour et les attaches de ce monde.

Concernant les péchés qui rouillent le coeur et lui font perdre sa pureté, sa transparence et sa limpidité Allah dit: «Non!... Leurs coeurs ont été rouillés par ce qu'ils ont accompli ».(161)

Lorsque l'homme commet un péché, celui-ci forme un point noir dans son coeur. Puis, s'il continue à désobéir à Allah au lieu d'implorer Son pardon pour le péché commis, le point noir s'étale peu à peu pour noircir complètement le coeur.

Selon Ibn 'Omayr, l'Imam al-Sâdiq (p) dit: «Allah n'aime jamais celui qui Lui désobéit». Puis l'Imam de réciter, à l'appui, ces vers: «Tu désobéis à Allah, tout en affectant de L'aimer! C'est impossible! C'est un acte d'hérésie! Si tu L'aimais sincèrement, tu Lui aurais obéi, car l'amoureux est obéissant à son bien-aimé!».(162)

Le second obstacle qui empêche l'amour d'Allah d'entrer dans le coeur du serviteur est l'amour de la vie d'ici-bas et l'attachement à ce monde éphémère, car l'homme n'a pas été créé avec deux coeurs. Le Coran dit à ce propos: «Allah n'a pas placé à l'homme deux coeurs dans sa poitrine».(163)

Ainsi, si le coeur du croyant est dépouillé de tout et réservé exclusivement à Allah, il L'aimera de tout son coeur, mais d'autres soucis ou attaches occupent une partie de son coeur, cette partie sera soustraite à l'amour d'Allah. Et si coeur du croyant continue à se soucier des affaires de ce bas-monde, il finit par se soustraire complètement à l'amour d'Allah et perdre totalement le plaisir que procure l'amour du Créateur, ainsi que la douceur de l'amour des invocations divines.

Le Prophète (P) dit: «L'amour d'Allah et l'amour du monde ne se réunissent pas dans un seul et même coeur».(164)

Il est rapporté que lorsqu'on a demandé au Prophète 'Îssâ (p): «Apprends-nous un seul acte qui nous fasse aimer d'Allah», il répondit: «Détestez le bas-monde, Allah vous aimera».(165)

Selon l'Imam al-Sâdiq (p): «Si le croyant se détache de la vie d'ici-bas, il se transcende et découvre la douceur de l'amour d'Allah».(166)

L'expression de l'Imam dans ce hadith est subtile, car l'amour de la vie fait perdre à l'homme la sensation de la douceur de l'amour d'Allah; or quiconque perd la sensation de la douceur de l'amour d'Allah, son coeur ne penche plus pour Allah, et quiconque dépouille son coeur de l'amour de la vie, ressent la douceur de l'amour d'Allah.

L'Imam 'Alî (p) dit: «Comment peut prétendre aimer Allah, celui qui s'est accoutumé à l'amour de la vie?»(167)

Et:

«De même que le soleil et la nuit ne se côtoient pas, de même l'amour d'Allah et l'amour de la vie ne vont pas ensemble».(168)

Selon l'Imam al-Sâdiq (p): «Par Allah, n'aura pas aimé Allah quiconque aime la vie et se noue d'amitié avec d'autres que nous (les Ahl-ul-Bayt)».(169)

Selon l'Imam 'Alî (p) encore: «Quiconque aime rencontrer Allah doit se distraire de la vie».(170)

Et:

«Si vous aimez Allah réellement, sortez de vos coeurs l'amour de la vie!»(171)




Notes

1. "Bihâr al-Anwâr", Tom 89, p. 92

2. "Bihâr al-Anwâr", Tom 98, p. 226.

3. "Bihâr al-Anwâr", Tom. 78, p. 226.

4. "Uçûl al-Kâfî", Tom. 3, p. 131.

5. "Uçûl al-Kâfî", Tom. 3, p. 131.

6. "Miçbâh al-Charî'ah", Tom.2, p. 3.

7. "Bihâr al-Anwâr", Tom.12, p. 380.

8. "Bihâr al-Anwâr", Tom. 95, p. 467.

9. "Bihâr al-Anwâr", Tom. 98, p. 226.

10. "Bihâr al-Anwâr", Tom. 78, p. 175.

11. "Uçûl al-Kâfî", Tom.2, p. 125.

12. "Bihâr al-Anwâr", Tom. 96, p. 237.

13. "Nûr al-Thaqalayn", Tom. 5, p. 285.

14. "Bihâr al-Anwâr", Tom. 98, p. 26.

15. "Munâjât Ahl-ul-Bayt", Tom.96, p. 97.

16. "Do'â' al-Ashâr" du mois de Ramadhân, rapporté par Abû Hamzah al-Thamâlî.

17. "Mafâtih al-Jinân", Les 15 munâjât de l'Imam Zayn al-Âbidîn (p), munâjât al-Muhibbîn, p. 229.

18. "Bihâr al-Anwâr", Tom. 98, p. 226.

19. Munâjât No 13, des 15 munâjât de l'Imam Zayn al-'Âbidîn, d'après le récit d'al-'Allâmah al-Majlicî, dans Bihâr al-Anwâr.

20. "Mafâtih al-Jinân", Do'â' Abû Hamzah al-Thamâlî.

21. "Munâjât Ahl-ul-Bayt".

22. "Munâjât Ahl-ul-Bayt", p. 88.

23. "Munâjât 'Alî Ibn al-Hussain (p)".

24. "Mafâtih al-Jinân", Do'â' Kumayl Ibn Ziyâd.

25. "Mafâtih al-Jinân", Do'â' Abû Hamzah al-Thamâlî

26. "Mafâtih al-Jinân", Do'â' Kumayl Ibn Ziyâd.

27. Nous empruntons ici les mots de l'Imam 'Alî lui-même (p), autrement nous n'oserions pas parler de la relation entre Allah et lui de cette façon.

28. "Munâjât No. 1", des 15 Munâjât de l'Imam Zayn al-'Âbidîn, d'après le récit d'al-'Allâmah al-Majlicî, dans "Bihâr al-Anwâr".

29. "Mafâtih al-Jinân", Do'â' Abû Hamzah al-Thamâlî

30. "Mafâtih al-Jinân", Do'â' Abû Hamzah al-Thamâlî

31. "Mafâtih al-Jinân", Do'â' Kumayl Ibn Ziyâd.

32. "Munâjât Ahl-ul-Bayt", 68/96.

33. "Munâjât No. 3", des 15 Munâjât de l'Imam Zayn al-'Âbidîn, d'après le récit d'al-'Allâmah al-Majlicî. Dans Bihâr al-Anwâr.

34. "Mafâtih al-Jinân", Do'â' Abû Hamzah al-Thamâlî

35. Sourate al-Hadîd, 57: 4.

36. Sourate Qâf, 50: 16.

37. Sourate al-Baqarah, 2: 186.

38. Do'â' al-Iftitâh.

39. "Munâjât No 11", des 15 Munâjât de l'Imam Zayn al-'Âbidîn, d'après le récit d'al-'Allâmah al-Majlicî. Dans "Bihâr al-Anwâr".

40. Sourate al-Hadîd, 57: 4.

41. Sourate al-Ra'ad, 13: 28.

42. "Mafâtih al-Jinân", Do'â' al-Iftitâh.

43. "Bihâr al-Anwâr", 46/77-78.

44. "Bihâr al-Anwâr", 46/77-78.

45. "Bihâr al-Anwâr", 46/81-82.

46. Munâjât No 9, des 15 munâjât de l'Imam Zayn al-'Âbidîn, d'après le récit d'al-'Allâmah al-Majlicî. Dans Bihâr al-Anwâr.

47. Sourate al-Qamar (La Lune), 54: 55.

48. Munâjât No 8, des 15 munâjât de l'Imam Zayn al-'Âbidîn, d'après le récit d'al-'Allâmah al-Majlicî. Dans "Bihâr al-Anwâr".

49. Sourate al-Hamd, 1: 6-7.

50. Sourate al-Baqarah, 2: 213.

51. Sourate al-Mâ'idah, 5: 16.

52. Sourate al-An'âm, 6: 87.

53. Sourate al-Mâ'idah, 5: 16.

54. Sourate al-An'âm, 6: 153.

55. Sourate al-Nahl, 16: 69.

56. Sourate Ibrâhîm, 14: 12.

57. Sourate al-'Ankabout, 29: 69.

58. Sourate al-Çaff, 61: 10.

59. Sourate al-Baqarah, 2: 207.

60. "Tafsîr al-Mîzân", Tom.2, p. 404.

61. Sourate Çâd, 38: 45-47.

62. Sourate al-Mâ'idah, 5: 35

63. Sourate al-Asrâ', 17: 57.

64. Sourate al-Cho'arâ', 26: 79-80.

65. Extrait de l'un des do'â' du mois de Rajab.(voir "Mafâtih al-Jinân".

66. Job fut éprouvé par Allah par les maladies les plus pénibles. Il perdit ses biens et ses enfants, et cependant il ne se plaignît qu'à Allah.

67. Thû-l-Nûn quitta son peuple en colère, parce que ceux-ci ne croyaient pas en Allah. Il prit le bateau, mais le bateau s'arrêta, et d'après les coutumes des marins, ils tirèrent au sort pour connaître le responsable. Le sort tomba sur Thû-l-Nûn, et les marins le jetèrent à l'eau où une baleine le recueillit pour le vomir plus tard sur le rivage.

68. Sourate Tâhâ, 20: 43-45.

69. Sourate Tâhâ, 20: 46.

70. Sourate Houd, 11: 45.

71. Sourate Ibrâhîm, 14: 37.

72. Sourate al-Muzzammil, 73: 1-7.

73. "Nahj-ul-Balâghah", annotation de Subhî al-Sâlih, h 193.

74. Sourate al-Tawbah, 9: 38.

75. Se détacher et se libérer de ce monde ne signifie pas qu'on l'abandonne totalement pour se retirer et se cantonner dans une vie de monastère, car le Noble Prophète (P) était libéré de la servitude de ce monde, mais il a continué à oeuvrer et à travailler dur en vue de la victoire de l'Appel sur les attraits de la vie terrestre et pour soumettre celle-ci, au lieu de se soumettre à elle.

76. Sourate al-Tawbah, 9: 24.

77. Sourate Âle 'Imrân, 3: 14.

78. Sourate al-Baqarah, 2: 165.

79. "Bihâr al-Anwâr", 70/24-25.

80. Sourate Âle 'Imrân, 3: 31.

81. "Kanz al-'Ummâl", 2/209, h 3794.

82. "Kanz al-'Ummâl", 2/182.

83. Sourate al-Tawbah, 9: 23.

84. "Tafsîr Nour al-Thaqalayn", Tom 2, p. 195.

85. "Nahj-ul-Balâghah", op. cit., 1/91-92, h. 52.

86. Sourate Hûd, 11: 45-46.

87. " 'UyûnAkhbâr al-Redhâ", 224.

88. "Al-Ikhtiçâç", d'al-Cheikh al-Mufîd, 341

89. Cité avec de petites nuances dans: "Bihâr al-Anwâr", 70/14; "Suan al-Tarmithî", 13/201; "Mustadrak al-Hâkim", 3/193; "Ta'rîkh Baghdâd", 4/160 etc...

90. "Al-Amâlî", d'al-Sâdûq", p. 8 ; "Uçûl al-Kâfî", 2/125.

91. "Bihâr al-Anwâr", 74/399.

92. "Al-Amâlî", d'al-Sâdûq", p. 345.

93. "Al-Amâlî", d'al-Sâdûq", p. 360.

94. "Tuhaf al-'Uqûl", 479.

95. "Al-Mahâsin", p. 263.

96. "Uçûl al-Kâfî", 2/125

97. "Uçûl al-Kâfî", 2/126.

98. "Uçûl al-Kâfî", 2/126.

99. "Uçûl al-Kâfî", 2/127.

100. "Jâmi' al-Akhbâr", p. 194.

101. C'est-à-dire la preuve et le signe indicateur de ton islam.

102. "Bihâr al-Anwâr", 96/252-253.

103. "Sunan al-Tamithî" 5/664, h. 3789, éd: Mustafâ al-Chalabî; "Al-Mustadrak 'alâ-Çahîhayn", d'al-Hâkim al-Nîsâbûrî, 1503; "Bihâr al-Anwâr", 70/14; "Al-Amâlî" d'al-Sadûq, 219; "'Ilal al-Charâ'i'", 1/113 etc..

104. "Al-Mustadrak 'alâ-Çahîhayn", d'al-Hâkim al-Nîsâbûrî, 3/149.

105. "Al-Mustadrak 'alâ-Çahîhayn", d'al-Hâkim al-Nîsâbûrî, 3/149; "Musnad Ahmad Ibn Hanbal", 4/281.

106. "Musnad Ahmad Ibn Hanbal", 4/372.

107. "Sahîh al-Bukhârî" 1/6, éd.: Dâr al-Tibâ'ah, année 1286.

108. "Sahîh Muslim", 1/49, éd.: Dâr al-Fikr, Beyrouth, cité aussi dans "Kanz al 'Ummâl", 1/37, h. 70.

109. Cité par Cheikh 'Abdul-Hussain al-Amini, dans "Siratanâ...". p. 11 ; Al-Hâfidh al-Buhayqî dans "Chu'ab al-Ïmân"; Al- daylamî dans son "Musnad", Al-'Allâmah al-Majlicî dans "Bihâr al-Anwâr", 27/13 etc...

110. "Uçûl al-Kâfî", 2/408 ; "Bihâr al-Anwâr", 73/288.

111. Sourate al-Hujurât, 49: 9.

112. Sourate al-Baqarah, 2: 165.

113. "Bihâr al-Anwâr", 70/25.

114. "Kanz al-'Ummâl", 47/49.

115. "Bihâr al-Anwâr", 98/89.

116. "Bihâr al-Anwâr", 97/334.

117. "Kanz al-'Ummâl", 47/49.

118. "Ghurar al-Hikam", d'al-Âmidî

119. Idem

120. "Bihâr al-Anwâr", 74/398.

121. Id. Ibid. , 74/399.

122. "Bihâr al-Anwâr", 98/226.

123. "Bihâr al-Anwâr", 98/85.

124. "Mafâtîh al-Jinân", 180.

125. Sourate al-Zukhruf, 43: 11-13.

126. "Bihâr al-Anwâr", 70/18-22.

127. Sourate al-Nisâ', 4: 110.

128. Sourate al-A'râf, 7: 94.

129. "Bihâr al-Anwâr", 98/89.

130. "Kanz al-'Ummâl", h. 3718.

131. "Mafâtîh al-Jinân", 123.

132. Sourate Ibrâhîm, 14: 7.

133. Sourate al-'Alaq, 96: 6-7.

134. Sourate al-Nahl, 16: 18.

135. Sourate Luqmân, 31: 20.

136. "Al-Amâlî" d'al-Cheikh al-Tûcî, 2/105

137. Sourate al-Furqân, 25: 44.

138. Sourate Âle 'Imrân, 3: 31.

139. "Bihâr al-Anwâr", 70/23.

140. Idem.

141. "Kanz al-'Ummâl", h. 1776.

142. "Tanbîh al-Khawâtir", 332.

143. "Bihâr al-Anwâr", 70/14.

144. "Mafâtih al-Jinân", Do'â' Kumayl.

145. Ziyârat Amînullâh dans "Mafâtih al-Jinâm".

146. "Bihâr al-Anwâr", 77/42.

147. Sourate Âle 'Imrân, 3: 31.

148. "Bihâr al-Anwâr", 70/25.

149. "Kanz al-'Ummâl", h. 1776.

150. "Bihâr al-Anwâr", 93/160.

151. "Bihâr al-Anwâr", 70/23.

152. "Bihâr al-Anwâr", 73/56.

153. Sourate al-Mâ'idah, 5: 54.

154. "Bihâr al-Anwâr", 70/18.

155. "Bihâr al-Anwâr", 71/156 (il faut comprendre cette analogie dans la proportion et non quantitativement).

156. "Bihâr al-Anwâr", 71/156.

157. Idem.

158. Idem.

159. "Bihâr al-Anwâr", 103/26.

160. "Ghurar al-Hikam", d'al-Âmidî.

161. Sourate al-Mutaffifîn, 83: 14.

162. "Al-Amâlî", d'al-Çadûq, 293, édition de pierre.

163. Sourate al-Ahzâb, 33: 4.

164. "Tanbîh al-Khawâtir", 362.

165. "Bihâr al-Anwâr", 14/328.

166. "Uçûl al-Kâfî", 2/130.

167. "Ghurar al-Hikam"

168. Idem.

169. "Bihâr al-Anwâr", 78/26.

170. "Ghurar al-Hikam"

171. Idem.


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